Non à la honte du poil !

Un nouveau livre, « Parlons Poil », se plonge dans une exploration de la femme face à sa pilosité – une quête d’amour de soi, de prise de conscience et de revendication.

par Alice Pfeiffer
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04 Mai 2021, 11:57am

Fièrement féministes depuis des années, les journalistes Léa Taïeb et Juliette Lenrouilly viennent de dévoiler leur premier ouvrage écrit de façon conjointe, « Parlons Poil » aux éditions Massot. Découlant de leur page Instagram éponyme, celui-ci s’interroge sur la révolution actuelle autour de la pilosité féminine. Au fil du texte, les questions s’enchevêtrent : peut-on être féministe et choisir de s’épiler ? Que symbolise le choix de ne pas le faire ? Si le poil découle d’une injonction patriarcale, libre à chacune de faire comme bon lui semble.

Quelle a été la genèse de ce projet de livre ?

On est toutes les deux journalistes, on s’est rencontrées en école de journalisme, on était et on est toutes les deux féministes. On passait beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux et on voyait beaucoup de femmes poser fièrement le poil apparent. On a constaté une dualité : d’une part, Adidas, Nike et de nombreuses marques montraient des mannequins féminins aux poils apparents, ce qui nous semblait être une petite révolution. De l’autre, nos recherches nous ont paradoxalement montré que le nombre de femmes qui s’épilaient ne cessait de grimper et était toujours beaucoup plus tôt. Face à ces deux mondes qui cohabitaient mais aussi l’absence de travail sur le sujet, nous avons décidé de consacrer cet ouvrage au poil en société, à comment le poil féminin est perçu et vécu par les femmes, pour qui il peut représenter une dépense et une douleur dans la vie de beaucoup.

Quelles sont les réactions dominantes au poil ?

Le poil suscite le dégout, des vents d’insultes, certaines dénoncent des menaces de viol pour ce qui est perçu comme un trouble dans le genre. Heureusement certains projets et marques ont bien fait les choses. Je pense à Billy, label américain  qui montre les poils et le corps au naturel, et des femmes se rasant de vrais poils ; ou à la campagne pour que les femmes participent au Movember – où les hommes se laissent pousser les poils en marque de soutien à la lutte contre le cancer de la prostate – et là c’est au tour des femmes d’arborer la moustache.

Qu’avez-vous découvert ?

Nous avons découvert une diversité de poils, de pilosité, de texture de poil. Nous avons compris l’importance et l’effet coup de poings que peuvent avoir des images de poils féminins, comme celles de Emily Ratajkowski, permettant de prendre conscience d’un véritable processus d’invisibilisation du poil. Aujourd’hui ce mouvement – qu’on remarque aussi dans le Vogue Anglais prônant le retour du poil sous les aisselles— coïncide avec une libération identitaire et le body positivisme actuel.

D’où vient l’idéal de la femme épilée historiquement ?

Depuis la nuit des temps, les hommes se sont distingués de femmes en montrant une forme de dimorphisme sexuel accentuant les différences : celui-ci comprenait l’exacerbation  du poil chez l’homme et son invisibilisation chez la femme afin d’accentuer la binarité du genre. S’épiler pouvait aussi être une façon de s’écarter de l’animal, de la nature, être la manifestation d’un hygiénisme, de poser en surhumain.

En quoi la question du poil est-elle féministe ?

La question du poil est féministe car le regard masculin patriarcal hétéronormé et cisgenre rend impossible la représentation d’un corps féminin autrement que glabre.  Donc parler de cette disparition, de cette invisibilisation est déjà un positionnement. Nous n’avons pas cherché à promouvoir ou interdire le poil, notre but n’était pas de remplacer une injonction par une autre, chaque femme a le droit de s’épiler ou non.

L’aspect féministe était le fait pour nous de prendre conscience de pourquoi on fait les choses, de libérer son corps, de réaliser qu’il s’agit d’une injonction patriarcale issue d’un conditionnement social, ce qui n’empêche pas de choisir tout de même l’épilation. A chacune de faire ce qu’elle veut des injonctions. Nous nous battons et défendons l’idée d’une société égalitaire et de l’idée de choix personnel, de s’épiler totalement, pas du tout, ou partiellement. Cette customisation est ouverte à tou.s.tes.

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