Courtesy of Aliocha Boi / L'Usine Saint-Lazare

Les coachs sportifs, grands gagnants de la pandémie

Entre lives Instagram, sessions sur Zoom et training à la demande, les coachs sont devenus les stars du confinement, désormais gestionnaires du bien-être à multiples casquettes entre dépassement physique et lâcher prise spirituel.

par Claire Beghin
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19 Janvier 2021, 5:23pm

Courtesy of Aliocha Boi / L'Usine Saint-Lazare

« Je n’aurais jamais imaginé gagner 60 000 followers en faisant des lives depuis ma cuisine ! » dit Kirsty Godso, coach néo-zélandaise affiliée aux programmes d’entrainement de Nike et l’une des figures mondiales du training sur Instagram, qui fédère désormais plus de 200 000 followers. Il y avait pourtant fort à parier que l’industrie du fitness, qui pèse aujourd’hui plus de 800 milliards de dollars dans le monde, sortirait gagnante de cette pandémie qui en a laissé tant d’autres sur le tapis. Avec plus de 2,6 milliards de personnes confinées dès le 30 mars et cantonnées à l’espace réduit de leur chez soi, entre télétravail sans conviction, dépression pandémique, gestion délicate de la vie familiale et inertie générale, le sport s’est imposé comme un échappatoire salvateur aussi bien physique que mental. Et quelque part en chemin, les coach ont achevé une ascension déjà bien entamée vers le statut de gourous du bien-être. 

Là où les influenceurs mode et beauté régnaient sur Instagram, la crise du Covid a rebattu les cartes. Tout à coup, consommer des vêtements a paru obsolète - acheter quoi, pour porter où ? - et l’offre quasi étourdissante de lives gratuits, de sessions privées sur Zoom ou de vidéos de training à la demande est naturellement venue pallier ce que l’industrie de la beauté et ses cosmétiques ne pouvaient pas non plus offrir : un supplément de santé, aussi bien physique que mentale. « Pour beaucoup de gens, le confinement a été l’occasion de construire une relation consistante et équilibrée à leur santé et à leur bienêtre. C’est intéressant que le sport ait finalement permis à beaucoup de trouver une forme de paix d’esprit à une période particulièrement turbulente. » poursuit Kirsty Godso. Pour elle, l’adaptation au confinement s’est faite naturellement : déjà habituée à délivrer des sessions live via l’app Nike Training Club, sa pratique n’a pas connu de transformation radicale et a pu glisser facilement vers le tout digital, boostant au passage ses partenariats avec des marques de lifestyle. 

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​Courtesy of Aliocha Boi / La Source

En France, troisième plus gros marché du fitness en Europe avec 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et près de 6 millions d’adhérents aux clubs de sport en 2018, les coach ont aussi profité du boom du fitness à la maison - non sans un temps d’adaptation. « Mes élèves m’ont vite demandé des cours personnalisés sur Zoom. Au début, j’étais dans le refus, je considérais qu’un coaching en visio n’a pas le même impact qu’en salle et je ne voulais pas proposer des cours de moins bonne qualité que d’habitude. » dit Akim Ben Mzakar ), coach et co-fondateur du club parisien La Source. Il imagine donc un format plus général de live Instagram, que ses clients peuvent suivre gratuitement à l’envie. Contacté par McFly et Carlito, deux des Youtubeurs français les plus suivis, il leur propose des sessions de coaching en direct. Les lives sont suivis par 15 000 à 20 000 personnes. « Ca met la pression de savoir qu’autant de monde regarde. Il fallait canaliser McFly et Carlito en direct et surtout m’assurer qu’ils fassent les bons mouvements, parce que sur 20 000 personnes, il y a peut-être d’autres coachs qui observent. » 

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​Courtesy of Aliocha Boi / La Source

Lorsque la forme et la santé est au coeur de l’activité, pas question de vendre du vent. « Je ne vois pas les coachs ou pseudo ‘influenceurs’ du bienêtre d’un mauvais oeil. » assure Akim. « Si on apporte des solutions aux gens de manière qualitative, alors on a tout gagné. Par contre, il faut éviter de leur mentir. Quand je vois des gens qui promettent des abdos en béton en 6 semaines, ça me dérange. Il ne faut pas utiliser ce métier comme un business pour vendre des programmes. » Mehdi Dergaoui, fondateur du studio Zones et coach de personnalités comme l’acteur Aurélien Muller ou les mannequin Maxime Simoes et Hugo Philip, est du même avis. « Quand on est coach physique depuis 10 ans, on a une  vision un peu péjorative des coachs Instagram. Le côté ‘Je te montre mes fesses pour que tu cliques sur un lien’, c’était ma hantise. » Finalement, ses premiers lives, suivis par Hugo Philip et partagés par sa compagne Caroline Receveur, lui font gagner plus de 30 000 followers. « Je m’étais donné 2 ans pour monter un programme digital propre. En deux mois, on a finalement fait beaucoup plus que ce qui était prévu. »

Entre ses lives perso, ceux délivrés en partenariat avec Nike et ses entrainements avec les Youtubeurs, Akim Ben Mzakar tourne à 4 ou 5 lives par jour au milieu du premier confinement. Il finit par imaginer un programme payant via un compte Instagram privé pour continuer de faire vivre l’activité de La Source, dont les lives font désormais partie intégrante du business model. Une condition maintenant quasi obligatoire à la survie des salles de sport, dont la réouverture n’est pas encore d’actualité. `

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​Courtesy of Aliocha Boi / L'Usine Saint-Lazare

« Finalement, ne pas avoir de salle à nous, donc ni loyer ni frais fixes, a presque été une chance. » affirma Dani Marino, co-créatrice avec Kitesy Martin du concept de hip-hop yoga Humble Warrior, dont les cours sont habituellement délivrés dans des salles parisiennes comme Cluster Sports Club ou Le Labo. Elles ont été parmi les premières en France à proposer des cours de yoga vinyasa en live, dès le premier soir de confinement. « Sur les 2000 followers qu’on avait à l’époque [contre plus de 8000 aujourd’hui], 500 personnes étaient connectées. On a eu de super retours, on a donc mis en place un calendrier pour poursuivre les cours tous les jours. » Et, rapidement, un système de cagnotte pour accéder à des cours payants sur Zoom, dont une partie était reversée aux hôpitaux. En parallèle, elle et Kitsey Martin organisent des talks autour du bienêtre et de la pleine conscience et des ateliers pour décortiquer les postures de yoga. Une extension toute naturelle de leur pratique, étroitement liée à la spiritualité. « Ca m'a boosté de mettre mon énergie dans quelque chose qui faisait du bien aux gens. Ils y étaient très sensibles, ça m’a touchée, beaucoup nous ont écrit en privé pour nous confier des choses et nous dire à quel point suivre nos cours les aidait à être apaisé, à prendre du recul… en salle, ils n’osent pas forcément. J’ai gardé certaines de ces conversations, elles nous ont vraiment motivé. »

Car si la pandémie et les confinements qui en ont découlé ont fait exposer le training at home, ils ont aussi fait évoluer le rôle des coachs en tant que guides spirituels. « Le sport, c’est toi, par toi, et à travers toi. » dit Taryn Toomey, fondatrice de The Class, une méthode de fitness et d’ «étude de soi » qui mêle cardio, méditation et lâcher prise. « Le professeur est là pour guider les élèves pour qu’ils s’accordent à l‘intelligence de leur propre corps. » Elle l’assure : c’est à travers le chaos et la confusion qu’émergent les meilleures ressources de bienêtre interne. « Vous n’imaginez pas à quel point je sens l’énergie des gens, même à distance. Avoir la possibilité de faire, dans l’intimité de chez soi, des choses qu’on n’osait peut-être pas faire avant, permet un lâcher prise total, qui permet aux émotions de mieux traverser le corps. » Et les réseaux sociaux sont un terrain parfait pour allier visuels inspirants, phrases de motivations et vidéos de training avec, toujours, la santé physique et mentale en ligne de mire.

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​Courtesy of Aliocha Boi / Punch Boxing

“Les coachs sont devenus un repère de santé.” affirme Justine Rojat, entraineuse chez Dynamo et head-coach de la salle de boxe Punch Boxing. Pour répondre aux besoins des, le programme à la demande Punch à la maison, qui fonctionne comme un Netflix du fitness, a été mis en place.

« En pleine pandémie, les gens ont réalisé à quel point le sport préserve des problèmes cardiovasculaires, du diabète, du surpoids… ça a pris une importance nouvelle. On sent plus d’attache avec les clients aussi. On essaye de les aider à traverser leurs épreuves avec les moyens et disciplines qu’on connait.» Et ça marche, au point que les clients ne savent plus comment choisir parmi les dizaines d’offres émergentes. « La faculté des coachs a s’adapter ou non au digital a fait la différence. L’activité n’est plus la même, ça devient quasiment un travail de télé ! »

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​Courtesy of Aliocha Boi / Barry's Bootcamp

Steph Nieman, Américaine entraineuse à son compte et chez Barry’s Bootcamp, s’est servi de sa formation d’actrice pour parfaire son coaching vidéo. « Ca m’a énormément aidé. Je n’ai pas l’approche française traditionnelle, je m’intéresse à la dimension immersive, l’exploration des émotions, les sons qui viennent avec l’exercice… Je fais en sorte que la personne que j’entraine ait l’impression que je suis dans la salle avec elle. J’approche mon visage de la caméra, je crie… j’essaye d’être créative ! » Et ça marche. « Pour survivre, le business doit innover. » affirme Marcus Richard, manager des opérations de Barry’s Bootcamp, qui a lancé sa plateforme Barry’s 7/7 « pour montrer à notre communauté qu’on ne les abandonnerait pas. En réalité, ça veut dire que nos équipes doivent être mobilisées plus que jamais, et passer des sessions de sport quotidiennes au film, à la présentation et à la production. » Et, pour certain, à un rôle proche du thérapeute. Steph n’y voit aucun problème. « Je suis américaine, j’adore ça ! » s’amuse-t-elle. « Plus que jamais, on a besoin de ne pas se sentir seul. C’est universel. Les gens ont besoin de faire partie de quelque chose, ça passe aussi par le fait de s’ouvrir à ceux qui les aident à sentir bien, seuls chez eux au quotidien. »

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​Courtesy of Aliocha Boi / Barry's Bootcamp

Mehdi Dergaoui est du même avis. « S’exercer dans une salle rouillée ou flambant neuve, finalement, ce n’est pas le plus important. Le tout est de rentrer dans sa zone psychologiquement, c’est de là que part mon concept. Cette zone on peut la trouver n’importe où, même tout seul chez soi, pour peu d’avoir le bon coach qui te guette derrière et qui te dit : je t’attend tel jour à telle heure. Prépare toi, ça va chauffer ! » 

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