Olivia Bax / Courtesy of Gregory Copitet

La Totale offre une vision ultra-novatrice de la jeune garde artistique contemporaine

Incubateur culturel d’un genre nouveau, La Totale, donne à voir les œuvres de plus de 20 jeunes artistes contemporains et internationaux, dans le cadre d’une biennale pas comme les autres.

par Patrick Thévenin
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19 Octobre 2020, 7:21am

Olivia Bax / Courtesy of Gregory Copitet

Créé par les artistes et curateurs Leo Orta et Iseult Perrault, La Totale, qui se présente comme « un incubateur. Le projet d’une génération qui ne demande qu’à créer ensemble » propose du 18 octobre jusqu’au 22 novembre 2020 au Studio Orta, dans le cadre des Moulins de Boissy-le-Châtel (à une soixantaine de kilomètres de Paris) la deuxième édition de son exposition présentée pour la première fois en octobre 2018, en parallèle de la Foire Internationale d’Art Contemporain à Paris (FIAC). Une première édition qui n’a duré qu’un jour, mais a attiré plus de 1000 visiteurs et présenté les œuvres d’une cinquantaine d’artistes.
Pour 2020 La Totale a été rejoint par le curateur Simon Sixou, plus ambitieuse, et étalée dans le temps, plus riche en évènements aussi, cette deuxième édition regroupant artistes plasticiens, designers, peintres, sculpteurs, performeurs, architectes, photographes, designers, tout en se voulant le reflet du dynamisme de la nouvelle scène artistique contemporaine et internationale. Le tout situé dans le cadre grandiose du Studio Orta, de la Galleria Continua, des Moulin de Boissy-le-Châtel, ainsi que d’un parc d’exposition parsemé d’œuvres contemporaines.

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Agata Ingarden / Courtesy of Gregory Copitet

Quels sont vos parcours respectifs ?

Leo Orta : J'ai fait graphisme un an à Londres puis à Bruxelles pour ensuite prolonger des études à la Design Academy d’Eindhoven puis je suis revenu en France.

Iseult Perrault : J'ai été à l'ECAL en Suisse à Lausanne et là je suis en master au Royal College of Art à Londres.

Vous vous considérez comme des artistes ou des curateurs ?

Leo : On est tous les deux artistes au quotidien et curateurs ponctuellement. Pour moi, le design s'est rapidement poursuivi en créant OrtaMiklos avec des collaborations avec des marques et des fashion designers comme Carhartt WIP, Martine Rose, Kiko Kostadinov, Dover Street Market, sur des foires aussi, comme la Frieze, la FIAC, Art Basel. J'ai collaboré avec la mode en y incluant du design contemporain.

Iseult : Je suis artiste peintre, mais j'ai commencé le curatoriat pendant mes études en ouvrant mon premier espace d'exposition à Lausanne. Et j'ai toujours continué à osciller entre organiser des expositions, collaborer avec des artistes et mon travail personnel en tant qu'artiste.

Leo : Il y a deux ans, avec Iseult, on a eu l’idée de créer La Totale, capitaliser sur les réseaux qu'on avait créés à l'étranger et les ramener sur Paris. C'est la deuxième édition qu'on fait sous forme de biennale aux Moulins de Boissy-le-Châtel, Toujours en parallèle du vernissage de la Galleria Continua qui présente des œuvres d’artistes de renom tels Daniel Buren, Pascale Marthine Tayou, Anish Kapoor et à côté le Studio Orta qui regroupe ateliers d'artistes, espaces d’expositions, de résidences, etc. On a bénéficié des ateliers Rotâmes de mes parents, les artistes Lucy et Jorge Orta, qui sont sur place. On a pu ainsi avoir accès aux anciens espaces des papeteries Arjomari de Boissy le Châtel avec cette idée de vouloir regrouper énormément de disciplines On a souvent repris le mot pluridisciplinaire pour définir La Totale, malgré le fait qu’il soit un peu dépassé aujourd'hui. On dira plus qu'on tend à regrouper une palette de savoir-faire et d’artistes à venir habiter un espace.

Pluridisciplinaire est un peu un mot valise… Qu'est-ce que ça représente aujourd'hui pour vous ?

Leo : J’aime beaucoup l’image d’un directeur artistique contemporain, avec l’habilité à savoir se positionner sur différents secteurs. On ne cherche pas forcément à occuper tous les fronts, mais on aime voir cette exposition comme une possibilité de donner une expression à des artistes qui sont des performeurs, des musiciens, des scénographes, des peintres, comme des designers textiles. C'est aussi dans cette liberté que les artistes vont pouvoir se dire : « Ah tiens, j'ai cette étiquette de peintre, mais qu'est ce qui va m'empêcher de pouvoir faire un projet textile sur cette exposition ? » On espère ouvrir un peu le champ de vision.

Iseult : On a beaucoup travaillé pour cette deuxième édition, on a réinvité des artistes qui étaient présents en 2018, pour les soutenir et montrer de nouveau leur travail et leur évolution. Parce qu'à notre âge on a encore cette possibilité de développer et approfondir, stabiliser notre démarche et ce qu'on a envie de raconter. Du coup il y a aussi cette idée de suivre notre génération et grandir ensemble.

Leo : On a aussi collaboré avec Simon Sixou, commissaire d'exposition, que l’on a invité à nous joindre pour cette nouvelle édition et a pu apporter une vision différente de la nôtre qui sommes artistes, donnant la possibilité aux artistes invités de s'exprimer librement. Le commissaire va aussi cibler une ligne directive sur le choix des intervenants.

Vous pensez en ce moment que le monde de l'art est en complète mutation, qu'il a besoin de nouvelles manières de s'exprimer ?

Leo : Je pense qu'il mute parce qu'on est en train de réviser les formats d'expositions, les foires sont en “stand-by”, les expositions deviennent compliquées, on est tous en train de réfléchir à de nouveaux médiums. Énormément de galeries ont commencé à faire des online-shows, les foires des online-room, les expositions se rassemblent dans des espaces externes et les Moulins pour nous, c'est une belle façon de pouvoir se dire qu'au final, tout ne se passe pas dans la capitale. C'est aussi agréable de pouvoir aller voir des centres d’art, des espaces culturels, il y a énormément de lieux hors de la capitale qui nous permettent de respirer et qui sont autre chose que des white cubes.

Comment vous choisissez les artistes qui interviennent ?

Leo : On a trois ouvertures : continuer à soutenir des artistes de la première édition, parier sur des coups de cœur et faire un appel à projets pour agrandir le champ de vision. On a sélectionné les profils les plus intéressants et cohérents par rapport à notre ligne curatrice. C'est avec cette combinaison qu'on a pu créer une résonance et un parcours à travers la notion de l'habitat.

Je vais vous demander de vous exprimer sur cinq artistes qui font partie de la Totale 2020 comme Miles Greenberg d’abord.

Leo : C’est au Palais de Tokyo, que son travail m'a surpris, il avait fait quelque chose comme huit heures de performance, avec une vingtaine de performers, et c'était pour moi complètement dans l'idée de La Totale. On entrait dans un espace immersif, qui mêlait son, environnement, odeur, expérience, c'était époustouflant. Et quand cette notion d'habitat pour La Totale 2020 s'est imposée, on a tout de suite pensé à lui, parce qu'il transporte le public dans des états de méditations collectives.

Iseult : c'est aussi un travail très esthétique, qui engendre beaucoup de scénographie et très intéressant parce qu’il travaille directement avec des corps. C’est une œuvre complète englobant l’espace dans sa totalité.

Adrian Schachter ?

Iseult : Je l'ai rencontré lors d’une résidence en Sicile et j'ai eu un grand coup de cœur pour ce peintre, qui travaille avec de la peinture « tempera » (à l'eau). Montrer ses peintures dans les espaces des Moulins, c'est un challenge parce qu’ils ne sont pas trés bruyants visuellement, mais les œuvres d'Adrian ont cette force du détail qui fait qu'on on a envie de se rapprocher pour les découvrir.

Jesse Pollock ?

Leo : On a tout de suite vu dans le travail de cet artiste anglais une résonance en rapport avec le cidre, la région de Seine et Marne et principalement de Boissy-le-Châtel a énormément de pommiers et produit énormément de cidre. On s'est dit que ça serait intéressant de l'inviter pour qu'il puisse s'imprégner du jardin, des pommiers et donc, il a créé une cruche, un contenant qui permet de produire le cidre. Ainsi, qu'une échelle pour cueillir les pommes mais en format extra large qui sont posés dans le parc de sculptures.

Olivia Bax ?

Leo : Parce qu'elle est exactement au croisement de l'art, de la fonction et du design. Même si ses objets sont non fonctionnels, ils se rapportent à des moyens de création. Elle recycle énormément les matériaux qu'elle a autour d'elle, abandonnés par la consommation de masse. Elle les récupère et les détourne pour créer des habitats basés sur différents tons monochromes.

Agata Ingarden ?

Iseult : Elle était en résidence avec nous cet été, un gros de cœur, elle a beaucoup travaillé sur la fascination du hasard et le rapport des énergies qui composent notre univers. Elle a créé une sorte de mobilier qui oscille entre les différents paysages de notre cosmos. La table centrale de la salle, faite d'un panneau solaire, rappelle une carte du monde, un panneau de contrôle ou peut-être même une table de jeu.

Leo : Le tout en rapport avec l'environnement naturel qui possède pas mal de part de hasard, où des formes se révèlent étranges, en écho avec un vocabulaire esthétique propres à celui qui nous entourent en y incrustant du ready-made de casino ou meubles d’intérieurs. Son travail ce fut ce hasard se développant dans l'environnement du Moulin Sainte Marie durant sa résidence avec les échanges d’énergies et de partages envers les autres cohabitants.

Dans le dossier de presse, vous vous posez la question : « Qu'allons pouvoir faire de demain ? »

Leo : A mon avis, c'est continuer, garder de l'espoir parce qu'on est dans une période où on a peur qu’ils annoncent la fermeture des espaces culturels et si c'est le cas, c'est qu'est-ce qu'on va faire de demain, comment on va pouvoir exposer les artistes ? On a fait le contenu, mais comment on peut réussir à continuer à le montrer ? Et pour l'instant, on est sur des réseaux européens. Mais peut être que l'été prochain, ce sera un réseau vraiment national peut-être ou juste régional, parce qu'on pourra plus se déplacer. Mais en tout cas, c'est continuer et garder espoir…

Iseult : Créer et à réfléchir et surtout à avancer ensemble. Continuer à travailler en tant qu'artiste en 2020 avec cette situation de crise : que ce soit la crise écologique, la crise sanitaire, économique et comment trouver l'énergie de continuer à avancer en tant qu'artiste en produisant (ou pas) des choses c'est ce qu'on cherche à donner comme impulsion aux autres artistes pour continuer à avancer.

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La Totale du 18 octobre au 22 novembre 2020, Lieu-dit Moulin Sainte-Marie, 48 Rue des Papeteries, 77169 Boissy-le-Châtel.

Toutes les informations ici :

https://www.latotale.eu/fr.html

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