Images courtesy of Lemaire

Le meilleur de la Fashion Week de Paris AW22 : Bianca Saunders et Lemaire

La créatrice londonienne a fait des débuts à Paris, et Lemaire s'inspire de l'esprit de Dune.

par Mahoro Seward et Osman Ahmed
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20 Janvier 2022, 3:45pm

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Lemaire

Notre petit doigt nous dit que Christophe Lemaire a regardé Dune l’année dernière. Si le designer français a toujours eu un faible pour les tons sable et le layering, ils étaient cette fois-ci rehaussés par un décor désertique et des vapes de fumée nimbant le sol en béton de l’entrepôt industriel dans lequel il a présenté sa collection automne-hiver 2022. Ce canvas scénographique peint sur une toile de trente mètres et imaginé par le metteur en scène Philippe Quesne a été pensé comme « une réminiscence baignée dans la lumière d’un soleil humide et automnal, imprégnant le ciel après la pluie ». Les vêtements dorés par le chatoiement solaire ne pouvaient donc pas trouver meilleur environnement. Basés sur un principe de séquencement cinétique où les couches se retirent et les silhouettes se gonflent, les différents looks se posent comme annonciateurs d’une météo capricieuse, oscillant constamment entre pluie et beau temps. De ce décor émergeaient des grappes de modèles, errant tour à tour dans ce vaste no man’s land sablonneux comme s’ils y cherchaient des champignons. L’ambiance était résolument tournée vers l’extérieur, dans la mesure où tout était délicatement construit pour évoquer — comme le soulignent les notes du défilé — « une horde urbaine de chasseurs-cueilleurs des temps modernes, laissant dans leur sillage collectif la trace irrégulière d’une tribu dans laquelle chacun avance à son propre rythme, mais unie par le cœur ».

Dans cette atmosphère onirique se sont dévoilés de magnifiques pantalons amples, des ensembles de parkas coordonnés se parant de fermetures négligées, des jupes drapées de pans en cuir, des bourses à cordons envoyées nonchalamment dans le dos ou portées en bandoulière sur les hanches telles des havresacs de fantassins pour se protéger ou se camoufler dans l’obscurité. Avec son somptueux trench-coat en cuir noir et ses revers en coton blanc oversized, Lemaire nous a montré comment offrir aux pièces les plus classiques un vent de nouveauté. En fin de compte, on peut s’accorder à dire que tout ici était beau – sans trop se mouiller puisque Lemaire a travaillé pour Hermès et sait donc comment fabriquer un objet d’une beauté intemporelle. Mais ce que l’on retiendra surtout de ce défilé et du talent de Lemaire, c’est sa façon bien à lui d’agencer les pièces, de les superposer et de les dévoiler crescendo afin de créer un point de différenciation personnelle. « Il s’agit de mouvement, de marche, et parfois de fuite en avant », poursuit la note du défilé. « Le mouvement du corps dans le temps et l’espace, balayant le tissu et les vêtements, qui eux-mêmes animent, libèrent, anticipent et prolongent l’élan. » OA        

Lemaire AW22
Image courtesy of Lemaire
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Bianca Saunders

II n’y a rien de mieux qu’une newbie à Paris. Cette saison, la créatrice londonienne Bianca Saunders a défilé pour la première fois sur le podium afin de nous présenter ses créations primées (l’année dernière, elle a été la première femme noire à remporter le prix Andam, a été sélectionnée pour le prix LVMH et le BFC Designer Menswear Fund). En d’autres termes, Bianca a connu une année exceptionnelle : sa marque a évolué rapidement et grâce à ça, ses créations ont acquis une certaine maturité. Non seulement dans le casting (des générations d’hommes ont défilé, dont Obongjayar), mais aussi dans l’ampleur et la profondeur technique avec lesquelles elle aborde maintenant sa propre marque.

Et sa collection n’a déçu personne. Si à première vue les vêtements peuvent sembler assez simples, lorsque l’on y regarde de plus près, les détails tridimensionnels sautent aux yeux. Les coutures sont twistées et manipulées, s’enlaçant autour du corps comme pour insinuer un mouvement constant ; une certaine conscience du corps — mais pas nécessairement près du corps. Bianca excelle dans les coupes et motifs, cherchant souvent des solutions expérimentales pour que la personne qui porte le vêtement gagne en confiance, sans que cela paraisse trop compliqué ou fastidieux. « Avec cette collection, je veux que les gens se sentent beaux et bien dans leur peau », a-t-elle expliqué après le défilé, « que chaque homme puisse s’y retrouver ». Elle a donc présenté des mailles aux épaules hautes et arrondies pour recréer et flatter la courbe naturelle masculine, tout en développant des vestes à épaules roulées et des pantalons qui, grâce aux multiples drapés de tissu et leurs surpiqûres torsadées, donnent l’impression que le modèle porte une version surdimensionnée.

Le show s’est déroulé sur un gros son dancehall qui faisait sans aucun doute référence à son éducation britannique et jamaïcaine, passée dans le sud de Londres. À travers les beats perçait ici et là une voix off, celle de son cousin Morris lisant dans un délicieux argot ces dictons que l’on peut trouver dans les boutiques souvenirs en Jamaïque. Son reconnaissable motif à carreaux qui a vu le jour lors de sa collection de fin d’études au Royal College of Art est revenu sous forme d’impressions numériques déformées, faisant écho aux réverbérations du système de sonorisation qui, par un matin glacial de janvier, aura réussi à faire bouger le public. Rien de tel qu’un peu de chaleur en direct des Caraïbes pour relancer la circulation sanguine de ce vieux Paris. Sans oublier la couleur : des rouges et des bleus insulaires accompagnés d’un full look en chartreuse croquante et acidulée. Ces couleurs vives sont sans aucun doute celles du drapeau que Bianca a choisi d’agiter pour représenter Londres, et par extension, ses communautés multiculturelles. OA

Bianca Saunders AW22
Image courtesy of Bianca Saunders
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Lukhanyo Mdingi

Lukhanyo Mdingi, l’un des trois lauréats du Karl Lagerfeld Award décerné cette année dans le cadre du Prix LVMH, a enfin fait ses premiers pas à Paris. Pour sa première apparition dans la capitale française, le designer sud-africain a présenté Bodyland, une collection au positivisme élévateur qui rendait un vibrant hommage au Burkina Faso, pays d’Afrique de l’Ouest où il produit aujourd’hui une partie de ses collections. Mais plutôt qu’un hommage à l’évidence manifeste, il s’agissait surtout de célébrer les capacités techniques et artistiques des artisans burkinabés avec lesquels Mdingi collabore. Avec des coupes décontractées dans un mélange d’ikat émeraude et de tonalités feutrées, la première collection de Lukhanyo a rayonné fierté, prestance et élégance. Parallèlement, les robes, cropped-ponchos et multiples hauts ajustés travaillés dans de somptueuses mailles ont suggéré un confort douillet, tout comme cette épaisse robe midi boutonnée sur le côté, taillée dans un coton matelassé qui donne directement envie de s’enfoncer dans ce profond vert forêt. Si c’est ce que Lukhanyo nous offre pour ses débuts à Paris, alors la suite s’annonce grandiose. MS

Lukhanyo Mdingi AW22
Image courtesy of Lukhanyo Mdingi
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Lukhanyo Mdingi AW22
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EGONLAB

L’automne-hiver 2022 aura également marqué les débuts de l’un des duos de designers émergents les plus excitants de Paris, EGONLAB. Tout juste sortis vainqueurs de l’ANDAM cet été, Florentin Glémarec et Kevin Nompeix se sont appuyés sur leur réputation de marque déjà culte (et cultuelle) pour présenter une collection mixte intitulée EGONIMATI — « d’après le nom d’une société secrète chargée d’établir le bonheur universel », peut-on lire dans un communiqué. La première série de looks a donné le ton : sombre et monastique, avec de lourdes capes drapées, des pièces géométriques taillées dans d’épaisses laines encrées et des robes vaporeuses faisant office de secondes peaux. Notre imaginaire s’est ensuite élargi avec des chemises boxy imprimées de gravures de tarot et des looks matelassés hyper volumineux, suggérant une combinaison de protection pensée pour faire face à des menaces inconnues. Le défilé, conduit par un inégalable sens de la cérémonie, a atteint son apogée lors de l’arrivée d’une énorme robe pyramidale, confectionnée dans plus de 200 mètres de tissu. Il s’est confortablement achevé avec une série de pièces plus sexy, ready-to-party, comme une incendiaire robe en maille et son crucifix en treillis sur le devant, ou un manteau à sequins et col rembourré. La touche de chic dark et edgy dont on a tous besoin ! MS

EGONLAB AW22
Image courtesy of EGONLAB
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Comme des Garçons Homme Plus

« Actuellement si vous voulez savoir quelque chose, vous pouvez trouver toutes les infos sur Internet », commente laconiquement Rei Kawakubo dans les notes envoyées pour le défilé de la collection automne-hiver 2022 de Comme des Garçons Homme Plus. Il semblerait toutefois que pour cette saison, la créatrice japonaise ait cherché à échapper à cette impression de surcharge d’informations. S’inspirant des bonnes ondes du cottagecore, elle a plutôt « [aspiré] à une vie nomade où l’on peut évoluer totalement libre et en toute indépendance, sans se rassembler, sans éprouver un sentiment d’appartenance à un endroit en particulier. Un sentiment enviable. » Big mood, donc. Cette envie d’émancipation s’est fait fortement ressentir dans les looks que la marque a présentés par le biais d’un show digital. Bien que les lourds tailleurs en laine et les chemises en popeline aient offert à la collection sa colonne vertébrale, toute l’impression de rusticité est portée par des coupes rudes qui suggèrent le désordre hasardeux de la main, ainsi que par des twinsets texturés et froncés, des blocs de couleurs primaires libertaires et un entrelacs d’impressions animales acidulées. Les gigantesques bonnets de berger en feutre contribuent à cette sensation d’escapade bucolique et de fantaisie campagnarde qui caractérise les silhouettes, tandis que les Mary Janes épaisses et compensées — véritables it-pieces de la mode masculine AW22, pour info — insufflent un vent de naïveté ludique à la collection. Des vêtements à porter dès que le besoin d’évasion se fait sentir, donc. MS

Comme des Garçons Homme Plus AW22
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