Pourquoi on est gaga de "House of Gucci" ?

Annoncé à maintes reprises, le film "House of Gucci” est enfin, presque vingt ans plus tard, sur les écrans avec un casting renversant et une Lady Gaga plus fantastique que jamais.

par Patrick Thévenin
|
24 Novembre 2021, 3:01pm

"House of Gucci" - l'adaptation sur grand écran de l'assassinat en 1995 de l'héritier de la famille Gucci par sa propre ex-femme, un crime sordide qui avait tenu à l'époque en haleine les médias du monde entier - à force d'annonces et de désannonces avait fini par devenir, à la manière d'un serpent de mer, une légende urbaine à laquelle on ne croyait plus. En effet, annoncé en 2006, le film devait être réalisé par Ridley Scott avec dans les rôles principaux Angelina Jolie et Léonardo DiCaprio selon un scénario signé Andrea Berloff et Charles Randolph. Six ans plus tard, en 2012, Ridley annonçait confier la réalisation à sa propre fille Jordan Scott avec cette fois-ci Pénélope Cruz dans le rôle crucial. Branle-bas de combat quatre ans plus tard, en 2016, où c'est Wong Kar-Wai qui est censé reprendre la réalisation selon un scénario tiré, et librement inspiré, de "House of Gucci : a sensationnal story of murder, madness, glamour and gred", un livre best-seller, chic et mordant, signé par Sarah Gay Forden. Puis silence radio. Il y a deux ans, pas bête, Netflix manifestait son désir de financer ce qui contenait tous les éléments d'un succès mondial, à savoir une plongée dans les bouleversements de la mode dans les 90's, dans les tréfonds d'une dynastie fashion comme il n'en existe quasiment plus, dans une histoire de gros sous, de rivalités souterraines, de course à la gloire et à la fortune, de déchirures familiales mais surtout de crime passionnel et crapuleux. Il n'en fallait pas plus pour que la société de production MGM passe en mode offensif, relance le projet avec Ridley Scott aux manettes, sorte Lady Gaga de son chapeau, et annonce sortir le film, sans avoir prévu les péripéties du à l'épidémie de Covid, en 2021, année du centenaire de la Fondation Gucci, et ce même si la marque, dès le début du projet, a manifesté son désaccord.

1_G_00924_RC.jpg

Un drame à la sauce italienne

1975, Gucci est une marque de mode italienne née au début du XXème siècle et qui a fait sa réputation surtout sur la maroquinerie haut de gamme, et sur son cuir, issus de vaches bichonnées pour offrir une peau d'une qualité incomparable. Le tout doublé d'un savoir-faire inimitable et de prix stratosphériques qui ne tardent pas à affoler les grands de ce monde qui s'affichent en Gucci et ses bandes à trois couleurs (vert - rouge - vert). C'est une entreprise familiale aux mains de deux frères, Aldo et Rodolfo, qui gèrent la marque depuis la mort du patriarche fondateur. Mais entre les fils de l'un et de l'autre - Maurizio qui se destine à faire du droit et Paolo qui se pense styliste de génie - la succession s'annonce compliquée. C'est Patrizia, une jeune prolo rencontrée par Maurizio avec laquelle il va se marier au grand dam de son père, une femme ambitieuse et manipulatrice, surnommée Lady Gucci, que la dynastie sur fond de drame, de passion, de sexe, d'argent et de luttes de pouvoir, et nappé d'un lifestyle en or massif, va exploser.

1_71A-4b_079_R.jpg

La mode, la mode, la mode…

De nombreux grincheux chipoteront sur ce film, se moqueront de l'accent italien de Lady Gaga, de certains acteurs qui cabotinent, que la mode en elle-même n'est finalement pas au centre de l'intrigue, que House of Gucci aurait mérité d'être plus drôle, voire plus camp, toutes choses que la promotion tapageuse, voire envahissante, du film n'ont pas aidé. Alors que justement la subtilité, mais aussi toute l'ironie, de Ridley Scott est de ne pas faire de la mode le sujet central d'un film qui finalement ne parle que de ça. Car qu'on ne s'y trompe pas, la fringue est partout, de la scène où Patrizia (jouée par Lady Gaga) rencontre Maurizio (Adam Driver) dans un club en pleine disco fever, dans une liste de tenues impeccables que tous les assistant.es stylistes vont apprendre par cœur et qu'on risque fort de retrouver sur les podiums l'année prochaine, dans un photo-shoot où on croit apercevoir Richard Avedon, dans des appartements et des maisons qui semblent issus d'un magazine de déco haut-de-gamme, dans quelques bouts de défilés qui jamais ne s'appesantissent, et évidemment dans les looks de nos personnages préférés incarnés par Lady Gaga et Adam Driver. Avec mention spéciale à Adam Driver, d'une élégance rare des pieds à la tête, en costume comme en pyjama ou en combi de ski, et dont la silhouette longiligne, l'allure flottante et les cheveux longs ne sont pas rappeler le chic délicieux et gracile d'un Yves Saint Laurent.

1_HoG_FP_01204_RC.jpg

De Lady Gucci à la veuve noire

Car au final, dans cette plongée au cœur de la très haute-bourgeoisie, ses palais italiens et ses duplex new yorkais, ce qui intéresse le plus Ridley Scott c'est le drame familial, le crime passionnel, l'argent qui détruit tout. Car si "House of Gucci" est aussi un film sur la métamorphose de la mode dans les années 90's avec le rachat de marques tombées en désuétude et remise aux goûts du jour par une brochette de styliste talentueux, Ridley Scott en a fait surtout un film concentré sur la trajectoire de Patrizia Gucci, femme multi-facettes et commanditaire du meurtre de son mari. Une jeune fille prolétaire et ambitieuse, une manipulatrice avec le sourire qui ressemble étrangement à Elizabeth Taylor, une femme moderne qui assume ouvertement sa sexualité et qui va faire vaciller un empire Gucci tenu uniquement par des hommes. Comme le résument les premières paroles de Lady Gaga, qui joue son rôle, au tout début du film : "C’était un nom qui sonnait si doux, si séduisant. Qui n’aurait pas tué pour ça ?" Car évidemment, la grande star du film, celle qui balaie tout sur son passage, dont le film suit l'ascension, qui affiche des dizaines de tenues de l'époque impeccables, est Patrizia Gucci et son parcours de Lady Gucci à veuve noire, qui aujourd'hui, sortie de prison, défend la maison Gucci comme si elle lui appartenait encore. Un rôle que Lady Gaga incarne à la perfection, crevant l'écran de la première à la dernière minute, rappelant parfois Gina Lollobrigida ou Claudia Cardinale, capable de passer d'un chic inouï à une mère de famille affalée dans un fauteuil les cheveux en désordre, d'un sourire carnassier à un visage de diva, d'une fille fragile à une meurtrière déterminée. A l'aise dans le rôle comme un poisson dans l'eau, Lady Gaga phagocyte littéralement le rôle par son interprétation confirmant, s'il en était besoin, qu'elle est une performeuse hors pair. Mais surtout que derrière chaque femme impeccablement habillée se tient avant tout une femme à poigne !

"House of Gucci" de Ridley Scott en salles.

G_05421_RC.jpg
G_04442_RC.jpg
G_00338_R.jpg
Tagged:
Film
lady gaga
Gucci
ridley scott