Patti Smith en sept looks iconiques

La marraine du punk a donné le ton, et le look, en cassant les règles de la musique depuis des décennies.

par Sophie Wilson
|
28 Avril 2020, 12:49pm

Lorsque Patti Smith a sorti Horses en 1975, elle a fait exploser les manières dont les femmes devaient s’habiller et à quoi elles devaient ressembler dans la musique. Son ami proche et collaborateur Robert Mapplethorpe a photographié cette pochette d’album iconique un après-midi dans un appartement de la cinquième avenue. L’album lui-même repoussait les limites du rock’n’roll et de la poésie comme rien d’autre auparavant en devenant l’un des premiers albums punks à émaner de New York.


Patti avait déménagé à New York en 1967, à l’âge de vingt ans comme elle le raconte dans son livre Just Kids qui a remporté le National Book Award. Elle écrit « Je portais ma salopette, un col roulé noir et un vieil imper gris. Personne ne m’attendait et tout restait à venir ». Patti a passé une bonne partie de cette décennie fauchée et affamée, alors qu’elle essayait de se faire un nom en tant qu’artiste à New York. Il lui a fallu faire quelques lectures de poésie accompagnée d’une guitare électrique avant d’avoir l’idée même de faire de la musique. Son style se nourrissait autant de poètes que d’icônes du rock. En 1970, elle coupe ses cheveux pour ressembler au guitariste des Rolling Stones Keith Richards et lit pour s’inspirer certains poètes et écrivains français comme Charles Baudelaire et Jean Genet. Le look qui la définit toujours aujourd’hui est présent depuis les années 1970, chemise blanche, cravate noire, et grand manteau. La seule différence c’est que maintenant, son manteau a plus de chance de venir de chez Comme des Garçons que d’une friperie.

De la même manière qu’elle ne tient pas particulièrement à sa célébrité, Patti Smith semble ne pas tenir à son statut d’icône du style. Mais la chanteuse, poète et artiste a néanmoins inspiré des designers comme Ann Demeulemeester ou Charles Jeffrey. Son travail, qui se comporte de onze albums, quatre mémoires et un certain nombre de livres de poésie, a aussi influencé Kim Gordon, Florence Welsh ou Courtney Love. Nous souhaitons ici rendre hommage à son influence artistique et stylistique.

1586340910350-horses-cover_custom-95bd29494bd12ecab828302378aa305f62fb5ccf-s800-c85

La pochette de l’album Horses, 1975

La pochette du premier album de Patti Smith est considéré comme l’une des plus grandes pochettes de tous les temps. Cette image marquante a été photographiée par son ami et collaborateur Robert Mapplethorpe. Patti s’était habillée elle-même, dans l’idée de personnifier les icônes masculines qu’étaient Frank Sinatra ou l’écrivain français Jean Genet. Jusque là dans les années 1970, une règle tacite disait que les chanteuses femmes devaient toujours être féminines et entre guillemets jolies. À la place, elle a décidé de porter une chemise d’homme sans maquillage ni coiffure apprêtée. La maison de disques a détesté l’image. Ils souhaitaient transformer ses cheveux en quelque coiffure bouffante et faire disparaitre les poils au dessus de ses lèvres, mais elle a refusé. Heureusement, la chanteuse avait signé un contrat qui lui accordait un contrôle artistique intégral sur ses albums. Si cela n’avait pas été le cas, cette pochette ne serait surement pas devenue l’image iconique que l’on connait aujourd’hui.

1586340983934-f7e69e65016315020e1d1c1a3b9916de
Robert Mapplethorpe et Patti Smith à Coney Island, 1969. Agrandie par Robert Mappethorpe, 1978, impression à la gelatine argentique sur toile. Photographe inconnu. Cadeau de la Fondation Robert Mapplethorpe au J. Paul Getty Trust et au Los Angeles County Museum of Art.

Avec Robert Mapplethorpe à Coney Island, septembre 1969

L’amitié qui unissait Patti Smith et Robert Mapplethorpe a été immortalisée dans des nombreuses photos en noir et blanc datant de l’époque où ils débutaient à New York, ainsi que dans le mémoire culte de Patti Just Kids. Le duo est photographié ici à Coney Island, avec leurs looks de hippies de la fin des années 1960, Patti avec son pantalon retroussé et chemise blanche nouée à la taille. Robert quand à lui porte un top en filet, un foulard et un jean bootcut. Lorsque leur appartement a été cambriolé en 1971, les vêtements qui composent la tenue de Patti ont été volé avec l’un des appareils photo de Robert.

1586342044747-GettyImages-843156384
Portrait studio de Patti Smith portant une chemise de l'US Air Force, Amsterdam, Pays Bas, 9 Octobre 1976. (Photo par Gijsbert Hanekroot/Redferns)

Amsterdam, 1976

Lors d’un photoshoot à Amsterdam en 1976, Patti Smith porte une chemise de l’US Air Force, pour montrer avec ironie son attachement aux valeurs anti-militaires et anti-nationalistes. Ses premières années passées à New York doivent être prise en considération avec le contexte de la guerre du Vietnam en tête. Elle avait pris l’habitude de s’assoir devant le tableau de Picasso Guernica au Metropolitan Museum of Art et « passait des heures à considérer le cheval à terre et les yeux réfléchissant aux tristes pertes de la guerre ». En 2004, la chanteuse était si choquée par la guerre en Irak qu’elle a sorti un album pacifiste intitulé Trampin’. Elle critiquait publiquement George W. Bush lors de ses concerts et participait à des manifestations anti-guerre partout où elle pouvait, aux États-Unis comme en Europe.

1586341991963-GettyImages-121167678
Lynn Goldsmith et Patti Smith, portrait studio, New York, 1978. (Photo par Michael Putland/Getty Images)

Dans l’appartement de Lynn Goldsmith à New York, 1978

Dans ce cliché en compagnie de la photographe Lynn Goldsmith, Patti Smith ne porte que du noir. Il s’agit de l’une des rares photos où son look correspond à l’étiquette punk que l’on prête à sa musique. Lynn Goldsmith se souvient de la première fois où elle avait photographiée Patti : « Elle est venue chez moi avec son groupe. Un ami à moi avait précédemment laissé une quinzaine de bouteilles de champagne Dom Perignon dans ma cuisine pour que j’en prenne soin. Nous en avons bu la plupart avant de prendre des photos et de parler d’éveil spirituel ».

1586342350277-GettyImages-1190744875
NEW YORK, NY - 5 JUIN : Patti Smith se produit avec son groupe Patti Smith Group au punk club CBGB. (Photo par Charlie Steiner - Highway 67/Getty Images.)

Lors d’un concert au CBGB à New York, 1977

En janvier 1977, pendant la tournée de son deuxième album Radio Ethiopia, Patti Smith est tombée de la scène alors qu’elle dansait et se cassa le cou. Cela ne l’a pas empêché de continuer sa tournée pendant sa convalescence en portant une minerve comme c’est la cas sur cette photo prise dans la salle mythique du CBGB où elle porte également un pantalon en cuir noir, bien sur. Lorsqu’elle était encore forcée à rester au lit, elle a écrit une collection de poèmes intitulés « Babel ». Le poème qui donne son nom au recueil se termine ainsi : « tic/toc tic/toc tic/toc / fuck the clock! ».

1586342247654-GettyImages-56697816
Paris, FRANCE: La légende du rock américain, Patti Smith, présente une création de la belge Ann Demeulemeester lors de la présentation des collections prêt-à-porter homme automne-hiver 2006/2007 à Paris, 29 Janvier 2006. AFP PHOTO FRANCOIS GUILLOT (FRANCOIS GUILLOT/AFP via Getty Images)

Défilé Ann Demeulemeester Automne Hiver 2006

Dans les années 1980, Patti Smith a quitté New York pour la ville de Detroit en ainsi élever ses enfants loin des projecteurs. Un jour, elle reçu en cadeau trois chemises par la poste. C’était le début d’une amitié avec Ann Demeulemeester, l’une des designers faisant partie des « Six d’Anvers » que la chanteuse appelle maintenant sa soeur. Patti a porté les vêtements de la créatrice depuis l’envoi de ces trois chemises et en 2006, elle a même fait une apparition pendant le défilé Automne Hiver en portant sa tenue signature tout en noir accompagnée cette fois-ci d’un chapeau melon et d’une clarinette.

Calendrier Pirelli, 2016

En 2016, Patti Smith a été photographiée par Annie Leibovitz pour le calendrier Pirelli en compagnie de Yoko Ono, Serena Williams ou Tavi Gevinson. Son style a à peine été altéré au long de sa carrière de plusieurs décennies et s’est même affirmé maintenant qu’elle a dépassé les soixante-dix ans. Ses cheveux devenus blancs apportent un contraste à ses tenues toujours noires, blanches ou grises. Son amour des références littéraires influence toujours son style et Patti intègre souvent des vestons ou des chapeaux melons à ses tenues. Elle porte sur cette photo son uniforme habituel : chemise blanche, veston et bottes rangers.

Cet article a été initialement publié par i-D UK.

Tagged:
cbgb
Patti Smith
Robert Mapplethorpe
Annie Leibovitz
Pirelli
Lynn Goldsmith
ann demuelmeester
7 tenues iconiques