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      mode Malou Briand Rautenberg 13 juin 2016

      10 jeunes créateurs français à suivre (épisode 2)

      La mode parisienne, on a presque cru qu'elle était morte. Ou qu'elle dormait profondément, bercée par le ronron des grandes maisons, dont le seul nom nourrit encore le rêve d'une bonne partie du monde. Mais pas celui de sa jeunesse. Il a fallu attendre qu'une nouvelle génération, moins snob, plus foutraque et plus impertinente que ses ainés, s'en empare. Qu'elle la prenne à bras le corps en s'affranchissant de tout : des codes, des frontières, des distinctions de sexe, d'âge et des impératifs du genre. Paris, ils y sont nés ou y ont grandi. Pourtant, la mode selon Nattofranco, Neith Nyer, drône, Afterhomework, Applecore, Nïuku, Ferrari Concept, VICTORIA/TOMAS, Nasaseasons et Ignacia Zordan ne se prosterne pas devant l'indétrônable chic parisien : elle le transgresse et l'imprègne des mythes que toute une génération mondialisée, instagramée ou snapchatée, partage. Fini les étiquettes lourdes à porter, le Paris muséal, forcément patrimonial, et les grandes écoles qui perpétuent la lignée. Terminé le créateur démiurge, forcément génial, isolé dans sa tour d'argent. De toute façon, cette génération ne brandit pas l'héritage comme un étendard et ne connaît pas la promesse de l'argent. Au contraire même, sa mode, à l'image de Paris en 2016, est descendue dans la rue et s'en est inspirée pour repenser l'idée même du luxe. Ce futur-là a posé pour i-D, habillé dans ses créations.

      Kadjahdjah et Lenny pour Nïuku, 25 et 34 ans

      Comment vous vous êtes rencontrés tous les deux ?
      Kadjahdjah :
      C'est une vraie histoire. En 2011, j'étais stagiaire chez Catherine Miran. J'ai rencontré Lenny par le biais d'un ami, dans la boutique qu'il tenait rue Saint Roc. Et six mois plus tard, on s'est retrouvés. Lenny avait amené un t-shirt avec lui et m'a demandé de le patronner ! J'ai donc appris à coudre, vraiment, car j'avais un peu lâché mes études au Studio Berçot pour travailler de mon côté. Je suis rentrée en Mauritanie, mon pays natal, avant de m'installer définitivement à Paris. C'est notre rencontre qui a tout enclenché.

      Lenny : Je travaille dans l'archive de mode depuis 10 ans. Je voulais développer de bons basiques, une idée qui m'avait toujours tenue à coeur. Quand j'ai vu l'énergie que Kadjahdja y mettait, sa hargne, j'ai eu envie de poursuivre l'aventure avec elle. On a dix ans de différence et sa génération à elle a envie, plus que jamais, de créer de ses mains. On s'est lancés à deux dans l'aventure.

      Qu'est-ce qui vous inspire en ce moment ?
      Kadjahdjah :
      On est en plein dans les rockers en ce moment !

      Lenny : La première collection qu'on a commercialisée est celle d'automne/hiver 2016. Pour la prochaine, on s'est inspiré des seventies, une décennie dans laquelle les designers puisent beaucoup, mais toujours en extrayant uniquement le côté 'hippie chic'. Nos références à nous sont évidemment différentes : Kadjahdjah vient de Mauritanie, moi des Caraïbes. C'est pourquoi le film jamaïcain Rockers, portant sur le reggae, nous a servis de piller. Les pantalons évasés, leurs silhouettes, l'attitude hyper cool que ces mecs dégageaient ont défini notre vision de la décennie 1970 - forcément plus afro. On a grandi à Paris et la jeunesse française, aujourd'hui, est une jeunesse mélangée, métissée. Nos vêtements sont neutres car à nos yeux, ce qui donne une force à un vêtement, c'est celui qui le porte.

      Kadjahdjah : Dans Rockers, un t-shirt tout simple devient une pièce pleine d'élégance. Nïuku vise l'atemporalité. Notre collection doit pouvoir s'adapter à toutes les saisons. On travaille beaucoup le jean, par exemple. Les rockers Jamaïcains symbolisent cette envie qu'on a de concevoir des pièces qui dureront dans le temps et traverseront les époques.

      Lenny : On aime tellement de choses qu'on envie d'arriver comme les cool kids au fond de la classe qui n'en font pas des tonnes. On va présenter notre collection dans notre lieu parisien, La Paix, dans la rue du même nom, caché dans un parking.

      Kadjahdjah : C'est l'énergie underground qui nous inspire et nous tire vers le haut. Quand tu prends un café, tu vois un mec passer avec une veste en jean et un t-shirt et la recherche de la simplicité peut toucher au sublime. Notre idée de faire des vêtements qui nous ressemblent s'étend à toute une génération : c'est l'attitude qui fait la sape aujourd'hui et non l'inverse. 

      Grandir, en tant que marque, qu'est-ce que ça veut dire ?
      Lenny 
      : On essaie de proposer des produits atemporels, donc l'objectif à moyen et long terme est de transformer notre lieu hybride en un premier shop Nïuku ainsi que de développer la marque à l'étranger et particulièrement en Asie, où elle commence à se faire connaitre. On ne sera jamais dans l'industrialisation, on veut maitriser chaque pièce et chaque matière, proposer des produits de qualité et fabriqués en France. 

      Kadjahdjah : Il faut que notre vision de la mode soit cohérente avec l'esprit de la marque. On voulait faire un clin d'oeil aux créateurs comme Helmut Lang par exemple -  une marque de niche à sa création et la référence d'un grand nombre de créateurs, encore aujourd'hui. Tout a déjà été fait dans la mode. On n'invente plus rien. C'est à notre génération de réinscrire chaque pièce dans un nouveau temps, une époque neuve. Tous les créateurs ont déjà fouillé dans les archives et c'est l'essence même de la mode. 

      Lenny : On assume l'idée de la réinterprétation. La musique qu'on écoute aujourd'hui, ses plus gros producteurs, tout a été samplé. Dans la mode, c'est la même chose. Il faut savoir chercher dans le passé, regarder dans le rétro pour en tirer le meilleur, sans nostalgie. 

      Vous vous sentez soutenus en tant que jeunes créateurs en France ?
      Lenny : On commence à l'être. On a le soutien, l'énergie de nos proches et de nos collaborateurs autour de nous. Avec les réseaux sociaux, il est de plus en plus difficile pour les médias de faire le tri. C'est pourquoi il faut parvenir à se créer un univers, une identité affirmée très tôt pour que les autres y adhèrent.

      Kadjahdjah : Notre équipe est géniale, tous les photographes, les créatifs autour de nous sont bourrés d'énergie. La reconnaissance suivra. Par chance, nous sommes très patients. 

      Vous avez un conseil à donner aux jeunes créateurs ?
      Lenny et
      Kadjahdjah: Keepin' it real, it's a full time job !

      Nïuku

      Paige Horinek pour Ferrari Concept

      C'est quoi Ferrari Concept ?
      La Ferrari, c'est un peu la notion du cool qu'on a des sixties, le genre d'objectif matériel vers lequel on pouvait tendre à l'époque. Évidemment, le nom fait appel à nos sens primaires, il est sexy, hyper connu, très connoté. On en joue énormément à travers nos collections. J'avais ce nom dans la tête et je trouvais qu'il collait parfaitement à l'idée que je me faisais de la mode.

      Comment s'est faite ta rencontre avec la mode ?
      À l'université de San Francisco, j'étudiais le design et la communication. J'ai enchainé les stages, et passé beaucoup d'étés à New York. Et tout s'est fait très vite, ensuite. Aujourd'hui j'habite à Berlin, donc on peut dire que Ferrari Concept a une âme berlinoise. L'atmosphère de la ville nous inspire énormément, comme sa jeunesse et son énergie. J'essaie de retranscrire ces émotions à travers ma marque, même si son esthétique est plus dark que l'euphorie actuelle de la capitale allemande ! Paris est un endroit magique où la mode s'est toujours beaucoup développée et Ferrari Concept est aussi européenne qu'américaine - du coup, on oscille entre Berlin et Paris en ce moment.

      Qu'est-ce qui t'inspire ?
      Tout le concept de la modernité et son intemporalité : ce qui a été moderne un jour me sert d'inspiration pour développer l'esthétique de Ferrari Concept. Les créateurs avant-gardistes des années soixante ont marqué leur temps et continuent d'inspirer les générations qui les ont suivies ; je pense à André Courrèges, Pierre Cardin… à leur minimalisme irrésistible. Ils ont toujours regardé loin devant eux, vers le futur. C'est très important de tirer le meilleur de ce qui a été fait avant moi, de trouver une juste balance entre passé, présent et futur.

      Quel est le plus grand défi à relever, en tant que jeune créatrice ?
      La mode n'est pas qu'une histoire de fringues, c'est tout un univers, une vision du monde qu'on crée et qu'on donne à ceux qui s'y reconnaitront. Même jeune, il faut très vite se façonner un univers à soi, en accord avec sa personnalité et s'y tenir. Tracer une ligne directrice claire et rester fidèle à ses principes. C'est un défi qui dépasse de loin le seul domaine du vêtement.

      Est-ce que la mode doit être politique ?
      Elle l'est, dans son essence. De mon côté, j'en tire ce qu'il y a de moins clivant. Si je fais des vêtements ambisexuels, ce n'est pas tellement pour porter ni délivrer un message politique. C'est avant tout pour que les gens se sentent bien et qu'ils aient le choix de piocher dans ce qu'ils aiment : certaines pièces sont plus féminines, d'autres plus masculines. Mais c'est instinctif. J'ai toujours porté des vêtements de mecs que je mixais avec des pièces plus femme donc mes collections reflètent ma manière de penser la mode. Du coup, le message politique découle de cet état d'esprit. Il se passe de grands discours mais reste en phase avec son temps. En 2016, on va pas se mentir, le genre ne veut plus rien dire. Et surtout pas dans la mode.

      Quels sont tes projets, en ce moment ?
      Nous avons plein de projets en cours, et je suis hyper fière que les gens que j'admire s'intéressent à Ferrari Concept. On va essayer de développer la marque à Londres et New York d'ici peu. Et notre collection sort en septembre. Elle sera décisive pour la marque, plus aboutie, plus accessible, moins foutraque… Portable, j'espère ! Tout en gardant un petit côté futuriste, évidemment. Et on organise une soirée avec Dust Magazine, le 26 juin ! 

      Ferrari Concept

      Millinsky pour Nasaseasons, 19 ans

      Quelle est l'histoire derrière Nasaseasons ?
      En troisième, j'étais fan de Tumblr, de l'esthétique street wear. Je passais mon temps dessus à m'imprégner des images. En première, je m'emmerdais pendant les cours et à l'école, j'avais des potes américains, anglais, très ouverts. Ensemble, on a lancé le collectif Nasa : on organisait des soirées dans les sous-sols des Go Sport, là où étaient entassées les sapes. La nuit, on projetait des vieux films sur les murs bétonnés et on invitait beaucoup de monde à faire la fête. J'avais pas le talent pour me lancer tête baissée dans la mode, même si j'adorais ça. Donc j'ai décidé de concevoir des casquettes dont les slogans sont tirés de ma vie personnelle. J'ai co-créé Nasaseasons avec ma bande : Edward Newgate, Neil Saada, Hugo Lieber et Nima Asgari. L'une des premières casquettes, "I came to break hearts", a été créée en référence à l'arrogance des filles que j'avais rencontrées en soirée. Très affirmées, forcément. Comme Rihanna, qui l'a portée, d'ailleurs !

      Le futur de ta marque, tu le vois comment ?
      Je compte rester sur le même thème, garder l'état d'esprit de la mode assez eighties qui m'inspire beaucoup. Et j'espère pouvoir garder cette image jeune, cool, instinctive, sans prise de tête. J'espère développer la marque au Japon, où mes casquettes plaisent beaucoup. J'ai vu des stars asiatiques porter mes casquettes, notamment des chanteurs de K-pop. ça me donne beaucoup de confiance et ça me permet d'aller encore plus loin chaque jour.

      Le street-wear, ça a encore du sens pour toi aujourd'hui ?
      La définition a changé. C'est un mot qui avait du sens quand on distinguait ceux qui le portaient et qu'on mettait ce style dans une certaine case, bien définie. Aujourd'hui, tout le monde porte des baskets, même au boulot, toutes générations confondues. Bien sûr, les mecs comme Supreme, qui ont toujours À l'image du monde dans lequel on vit et dans la mode en général, les étiquettes disparaissent et les frontières sont plus poreuses. Le street wear, pour moi, c'est un état d'esprit plus qu'une tendance.

      Qu'est-ce que ça veut dire grandir, pour toi ?
      Je pense que c'est d'ouvrir sa marque le plus possible sans se pervertir. De toucher des gens qui dépassent le cercle un peu fermé dans lequel on a évolué. Je suis très touché que certains adultes, par exemple, portent mes casquettes ! Et en tant que créateur, je pense que grandir, c'est parvenir à garder le cap qu'on s'est imposé. De ne pas tricher. Il faut savoir où on marche et où on va, c'est là qu'on transmet un message consistant et intègre à ceux qui vont porter les pièces qu'on crée. C'est un vrai challenge mais je pense que c'est le plus important quand on crée.

      Tu te sens soutenu en tant que jeune créateur français ?
      En France, on a tendance à respecter les gens à partir du moment où ils ont fait un truc cool dans leur vie. Aux États-Unis, où j'étudie depuis un an, c'est tout l'inverse. On remet beaucoup plus en question la notoriété d'une personne, son travail, ce qu'elle construit au jour le jour. C'est un défi quotidien qui permet de ne pas se reposer sur ses lauriers, de solidifier ses atouts et rester en phase avec ce en quoi on croit.

      Quel conseil tu donnerais aux jeunes créateurs qui veulent lancer leur marque ?
      D'être conscient que les obstacles seront nombreux mais de rester concentré sur ses objectifs, de ne surtout pas se décourager. Dans ce milieu, et comme partout ailleurs j'imagine, on se prend tout le temps des bâtons dans les roues. Mieux vaut avoir du cran et beaucoup de confiance en soi.

      Nasaseasons

      Ignacia Zordan pour Ignacia Zordan, 29 ans

      Comment et pourquoi as-tu lancé ta marque ?
      Au lycée français de Santiago, au Chili, d'où je suis originaire, je me suis rendue compte que les gens réagissaient en fonction de la façon dont je m'habillais et du pouvoir de l'image. Je me suis lancée dans les études artistiques, aux Beaux-Arts. J'étais très attirée par le graphisme et la sérigraphie à cette époque et j'ai choisi d'intégrer ces valeurs esthétiques à quelque chose de plus quotidien. J'ai étudié la coupe, fait des stages chez plusieurs designers dont j'admirais l'identité, la vision très personnelle de la mode. Finalement j'ai appliqué tout ce que j'ai appris à l'école, à travers mes voyages et mon vécu au sein de mon projet, que j'ai concrétisé lors d'un voyage en Inde en 2014. L'idée était de trouver une alternative à l'industrie de la mode très traditionnelle. Je me cale sur le calendrier officiel mais j'essaie de développer des collections atemporelles qui ne suivent pas toujours les saisons, l'hiver ou l'été. Toutes mes collections forment une seule et même grande idée, où chaque pièce peut être portée à tout moment. Mon inspiration reste la même : la nature, d'un point de vue graphique et organique, avant tout, et le folklore, surtout asiatique. Les vêtements traditionnels m'inspirent énormément.

      Elle ressemble à quoi la fille Ignacia Zordan ?
      La fille pour qui je crée a une énergie masculine. Je ne dirais pas de ma mode qu'elle est féministe, mais j'estime qu'elle a le droit d'être forte, indépendante et féminine, tout en étant l'égale de l'homme. La différence entre homme et femme n'existe pas pour moi, je vois ces deux sexes en termes de volume, de coupe et seulement ça. La femme que j'imagine quand je crée, elle ressemble à Sigourney Weaver dans Alien. C'est une warrior, sexy et prête à combattre.

      Tu dirais de ta mode qu'elle est politique ?
      La mode est politique car le pouvoir de l'image est de plus en plus fort à notre époque. Il ne faut pas en abuser mais en être conscient : avec la mode, elle devient un outil capable de nous relier aux autres comme de nous affirmer. J'ai un esprit assez rebelle et je suis très critique sur notre société actuelle : je retranscris à travers mes collections, l'esprit et la culture des sociétés primitives. Pour ma première collection, ce sont les Indiens d'Amérique du Sud qui m'ont inspiré. Leur mode de vie, leur lien à la nature me parlent beaucoup.

      Est-ce que tu te sens soutenue en tant que jeune créatrice en France ?
      Je suis dans la mode depuis un moment, j'ai travaillé dans de grandes maisons. Au début, c'était difficile pour moi parce que Paris était encore très figé, plus conformiste. Aujourd'hui, je sens que ça change, que l'énergie est plus vivifiante, une scène alternative émerge dans l'industrie, donc les médias suivront le pas, j'imagine. Paris est très institutionnalisé et l'indépendance lui fait du bien, je trouve. 

      Tu as un conseil à donner aux futurs créateurs ?
      Je galère moi-même donc j'aurais peur de donner le mauvais conseil. J'imagine qu'il faut travailler, autant qu'on peut sans s'imposer de limites. À mon avis, ça paie toujours.

      Te sens-tu concernée par la crise que traverse l'industrie de la mode en ce moment ?
      Le marché est saturé, la crise touche tout le monde et la mode ne déroge pas à la règle : j'ai une vision un peu apocalyptique de son futur ! Donc pour comprendre ma façon de le voir, je dirais que les films d'anticipation comme Alien, Mad Max ou Blade Runner collent à mon esthétique. Rebelle et dans l'anticipation. Enfin, c'est ce que je souhaite en tout cas.

      Ignacia Zordan

      Tomas et Victoria pour VICTORIA/TOMAS, 25 et 27 ans

      Comment vous vous-êtes rencontrés, tous les deux ?
      Victoria
      : On s'est rencontrés à l'école, en 2008, à Paris. En Russie, où j'ai passé mon enfance, j'étais dans une école française donc j'ai très vite été liée à la France. Je crois même qu'aujourd'hui, maintenant que je vis à Paris, je suis plus Française que Russe ! À 13 ans, j'ai su que je voulais créer de mes propres mains. J'ai fait plusieurs écoles d'art, de la photo, de l'architecture... J'ai ressenti le besoin de travailler la matière, de la voir porter, de lui donner vie. Le stylisme a suivi, naturellement.

      Tomas: Moi c'est tout l'inverse. J'étais un club kid dans ma ville natale en Lettonie. Mais je me suis vite ennuyé là-bas, à Riga. Avec des amis, on a décidé de partir à la découverte du monde. À 17 ans, je me suis retrouvé tout seul à Paris, parce que mes amis m'avaient lâché... J'ai toujours été attiré par la mode. C'est ma mère qui m'a transmis cette envie. Elle a vraiment du style, beaucoup d'élégance. Pendant les cours, je gribouillais des dessins sur mon cahier au lieu d'écouter les profs.

      Qu'est-ce qui vous inspire en ce moment ?
      Victoria
      : notre prochaine collection s'inscrit dans la continuité de la dernière. Notre muse était ma cousine, de 14 ans. Elle joue de la batterie, son esprit est rebelle, elle fait la fête, vit au jour le jour. Son caractère nous a inspiré les pièces de la dernière collection. Quand on a commencé cette collection, qu'on sortira en septembre, on essayait d'imaginer les vêtements sur elle.

      Tomas: Mais tout nous inspire. Même le temps qu'il fait dehors ! La musique qu'on écoute, le rock... Tout est dans l'attitude. Le grunge se retrouve dans de petites touches, des influences, de Kurt Cobain à Tim Burton, tout en restant épuré, doux, coloré. L'inspiration n'est jamais précise, c'est dans l'air, l'atmosphère actuelle. On ressent les émotions que Paris traverse en ce moment, par exemple, elles nous touchent. On en retire l'abstraction, l'essence, pour concevoir des pièces atemporelles, uniques.

      Vous vous sentez soutenus, aujourd'hui en France ?
      Victoria: On est soutenus par la Fédération Française de la Couture, ce qui nous permet de présenter nos collections lors des Designers Apartment. Patricia Lerat (de PLC Consulting ) nous suit de très près et sa présence à nos côtés nous aide au quotidien. C'est très important pour nous. On a triplé notre chiffre d'affaire cette année, on est vendus un peu partout aux États-Unis et en Europe. Paris bouge énormément en ce moment, surtout pour les jeunes créateurs. 

      Tomas: Aujourd'hui, ce soutien nous permet d'avoir confiance en ce qu'on fait.

      La mode peut-elle délivrer un message plus politique qu'on ne le pense, selon vous ?
      Victoria
      : Je n'ai pas envie que ce soit lié à un quelconque parti, une quelconque idéologie. C'est une attitude, qu'on transpose à travers nos collections. Elle se veut naturelle, instinctive.

      Tomas: C'est une mode qui nous ressemble. Notre job, c'est notre vie. On a l'impression de vivre notre rêve et chaque jour, on grandit avec la marque. Ensemble. C'est cette notion de vivre-ensemble qui ressort de nos créations avant toute autre chose. 

      Qu'est-ce que vous pensez de la crise que traverse l'industrie de la mode en ce moment ?
      Tomas et Victoria
      : C'est la crise ? On est de jeunes créateurs, donc peu soumis au système de la fast-fashion jusqu'à maintenantOn veut juste continuer à faire ce qu'on fait. Et le faire bien.

      Vous avez un conseil à donner aux jeunes qui s'apprêtent à lancer leur marque ?
      Victoria
      : Il faut se faire confiance et ne pas se laisser marcher sur les pieds. Chaque parcours est différent, chaque vécu, chaque expérience compte et apportera une identité à l'univers qu'ils vont retranscrire à travers leurs vêtements. Il faut juste y croire et beaucoup, beaucoup travailler. Nous, on n'avait zéro contact, zéro euro, on avait que notre énergie collective pour nous soutenir mutuellement.

      Tomas: Il faut qu'ils soient sûrs à 200% qu'ils le veulent. Qu'ils se projettent et regardent loin devant. 

      Vous avez des projets en ce moment ?
      Victoria et Tomas : On se marie en Août ! 

      VICTORIA/TOMAS

      10 jeunes créateurs français à suivre (épisode 1)

      Crédits

      Photographie : Léo d'Oriano

      Texte : Malou Briand Rautenberg

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      Tags:mode, jeune créateurs, i-d france, niuku, ferrari concept, nasa seasons, victoria/tomas, ignacia zordan, léo d'oriano

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