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j'ai photographié des garçons sensibles aux quatre coins du monde

À travers la série « Boys », la photographe Rosie Matheson explore avec délicatesse les injonctions liées à la masculinité.

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sept. 11 2018, 10:24am

Rosie Matheson a passé du temps à penser à Boys, sa dernière série photo consacrée aux garçons. Basée entre Londres et Brighton, cette jeune photographe a gagné la reconnaissance pour ses portraits, saisissant de jeunes visages issus de ces deux villes. Dans son nouveau projet, Rosie s’attarde sur des modèles masculins, à peine sortis de l’adolescence pour certains, et révèle leur appréhension de la masculinité à travers une série de portraits réalisés aux quatre coins du monde.

Rosie s’est mise à travailler sur Boys fin 2015, avec l’idée de documenter la façon dont les jeunes hommes s’expriment et se présentent au quotidien. « Ce projet explore l’identité masculine à une heure où les sous-cultures accordant aux jeunes hommes une voix se font de moins en moins visibles, explique Rosie à i-D. Finalement, ce travail concerne des gens qui ne réalisent pas à quel point ils sont singuliers et intéressants. Leurs visages racontent leurs histoires. »

La relation de proximité de Rosie avec ses modèles et l’énergie investie dans son œuvre transparaissent dans chaque image, grâce à une intimité qui n’a jamais l’air forcée. « Au départ, j’ai voulu photographier des garçons parce qu’ils sont généralement plutôt détendus face à l’objectif, continue Rosie. Avec eux, l’idée est plus d’être ‘cool’ que sexy, ce qui fait baisser la pression d’une séance photo. Cela permet d’instaurer une relation authentique et personnelle, d’établir une vraie connexion et de réaliser un portrait honnête – ce qui est mon but sur n’importe quel shoot. »

Ses modèles, Rosie les a trouvé sur Instagram, dans la rue, par amis en commun ou sur les conseils d’inconnus. Parmi eux, on retrouve Slowthai, Oisin Lawrence et Elliott Jay Brown. « Je ne connaissais que deux d’entre eux avant de commencer le projet. La majorité était constituée de parfaits inconnus. C’est important pour moi d’établir avec eux une sorte de relation. Ce n’est pas toujours le cas mais en général, c’est ce qui se produit. À Londres, il m’arrive souvent de tomber sur l’un d’entre eux et quand je vais à l’étranger, je me débrouille toujours pour passer un moment avec ceux que j’ai photographiés. J’adore l’idée de réaliser un nouveau portrait d’eux une fois qu’ils ont un peu grandi et que leurs vies ont changé. »

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Son travail a récemment été exposé à Londres. Une première pour Rosie, qui ne comptait jusqu’alors que sur la vitrine d’Instagram. « Il me semble important de faire l’expérience de l’art en personne, de garder à l’esprit qu’Instagram n’est pas une réelle galerie. L’art doit être vécu pour prendre la mesure de sa magnitude et permettre aux gens d’explorer une œuvre en profondeur. C’est très différent de voir les tirages physiques de ses images lorsqu’on les voit la plupart du temps sur un écran d’ordinateur. »

Les images de Rosie permettent aux modèles de définir une vision de la masculinité, dans leurs propres termes. « Certains des garçons photographiés continuent de chercher leur place dans le monde, d'essayer de concilier leur part de féminité avec l’injonction à se présenter comme masculin. La difficulté à parler de ses problèmes avec d’autres hommes continue d’exister, et celle de ne pas pleurer pèse toujours sur les garçons. Cela devient plus acceptable pour les hommes de dévoiler leurs émotions et leurs ressentis – mais ils restent nombreux à avoir peur de passer pour faibles en acceptant cette part de sensibilité. »

Mais pour Rosie, « Les choses avancent, lentement mais sûrement. La conversation a démarré et il est nécessaire de la poursuivre. C’est comme ça que les choses changent. »

Cet article a initialement été publié par i-D UK.

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