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10 films sur le foot à regarder pendant la coupe du monde

La semaine dernière on s'est tous rappelé qu'il suffisait d'un bon match pour retourner nos vestes et nos cœurs. Alors voici quelques films et docus pour ne pas oublier que rien – ou presque – ne nous anime autant que le football.

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juil. 6 2018, 10:23am

Patrick Dewaere dans Coup de tête, 1979.

Coup de tête, Jean-Jacques Annaud (1979)


Avant le coup de tête de Zidane en finale de Coupe du Monde en 2006, il y en avait un autre, cinématographique : Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1979, quelques années avant le suicide de Patrick Dewaere qui y campe le premier rôle. Celui de François Perrin, sale caractère et footballeur de la petite ville de Trincamp. Après une gueulante, Perrin est renvoyé, perd son emploi (le président du club est aussi son patron à l’usine) et tombe sous l’accusation d’un viol qu’il n’a pas commis. Pour se venger de ceux qui ont douté de son innocence, il se fait aider par les circonstances : une équipe qui ne peut pas se passer de lui joue en coupe de France. Film préféré de nos confrères de SO FOOT Coup de tête est un film aussi grinçant que réaliste. Ou grinçant de réalisme. Pas vraiment apprécié par le monde du football à sa sortie en 1979, le film dénonce en filigrane les combines du milieu, tout en rendant hommage au sport en sachant (on sait à quel point c’est difficile) filmer les séquences de match avec brio. Bon, on ne va pas survendre le film, lire « Patrick Dewaere » devrait suffire à vous convaincre d’y jeter un œil.

À mort l’arbitre !, de Jean-Pierre Mocky (1984)


Un déferlement de connerie humaine comme Jean-Pierre Mocky sait les filmer, partant d’un postulat simple et d’une pulsion vengeresse qui a dû passer par la tête d’une bonne majorité des supporters : « à mort l’arbitre ! » Sorti en 1984, le film suit la folle nuit d’un dragueur de première catégorie (joué par Eddy Mitchell), accessoirement arbitre d’un match de championnat de foot en province. Avant et pendant le match, un groupe de supporters locaux en grande forme chauffe le stade. Il est mené par Rico, beauf un peu nerveux joué par le grand Michel Serrault. Problème, l’équipe adverse remporte le match à la suite d’un penalty litigieux sifflé par Maurice. Cela suffit pour que les esprits s’échaudent et Rico et que ses copains décident de lui faire la peau. Une véritable chasse à l’homme s’ensuit, pour un film qui rappelle parfois les meilleures scènes du tout aussi timbré After Hours de Martin Scorsese. Niveau réalisation et mise en scène on est tout de même loin du monstre américain, mais Mocky y retranscrit avec une certaine énergie la vengeance collective d’une meute de peureux animés par la haine, proportionnellement atteints de frustration sexuelle et de pulsions mortifère. Le meilleur du pire des supporters, et un bon divertissement du dimanche soir.

Les yeux dans les bleus, Stéphane Meunier (1998)

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La Coupe du Monde 1998 relève de l’Histoire évidente pour ceux qui l’ont vécu, même petits, assis par terre dans le salon familial. Pour eux l’émotion est toujours proche du cœur et il suffit d’une image, un souvenir pour s’en rappeler l’intensité. Les deux têtes de Zidane et le pied de Petit pour crucifier le Brésil, les premières notes d’un tube de Gloria Gaynor, la foule compacte et hystérique sur les Champs-Élysées, une France « black-blanc-beur » où le racisme semble « aboli pendant 48 heures ». Et la sortie d’un documentaire majeur, incontournable pour (re)découvrir les secrets d’une victoire qui a changé la société française et réécrit l’histoire du football : le cultissime Les yeux dans les bleus sorti dans la foulée, réalisé par Stéphane Meunier, en immersion caméra au poing dans le quotidien de l’équipe de France pendant toute la durée de la compétition. Les repas, les chambres, le bus, les entraînements, la pelouse et les vestiaires aux moments les plus décisifs : Meunier est partout, tout le temps et nous raconte sans détour la vie de ce groupe de personnes qui a changé la nôtre. Must-see.

Hors jeu, Jafar Panahi (2006)


Si de nombreuses critiques s’accordent à dire que Hors jeu est loin d’être la plus grande réussite cinématographique du réalisateur iranien Jafar Panahi, le film brille cependant par son engagement mais aussi la manière dont il a été tourné. L’histoire : en mai 2006, alors que se joue en Iran une qualification pour la Coupe du Monde à venir, une jeune fille déguisée en garçon brave l’interdiction faite aux femmes d’accéder aux enceintes sportives. Repérée, arrêtée, elle est rapidement aux mains de la brigade des mœurs mais n’est que la première d’une longue liste de jeunes filles désireuses d’assister à cet événement du football iranien. Par tous les moyens, elles tenteront d’échapper à l’œil des autorités. La réputation d’artiste engagé précédant le réalisateur – ça et son ambition de filmer des actrices non-professionnelles dans un stade, chose interdite – a rendu le tournage problématique. Entre interdiction et menaces de confiscations militaires, Panahi a dû redoubler de discrétion et de ruse pour ses plans, tournés pendant un véritable match Iran-Barhein, pour un résultat à mi-chemin entre comédie et réalisme politique. Pour ceux qui ne se sont pas remis de la défaite de l’Iran en poules de la Coupe du Monde il y a quelques jours : voici une belle victoire cinématographique.

Substitute, Vikash Dhorasoo (2007)


Si l’évocation de la finale de 1998 réchauffe les cœurs, celle de 2006 les fait pleurer presque à tous les coups. Rappels des faits : après une phase de poule douloureuse, l’équipe de France – menée par un Zidane revenu sauver le collectif un an avant – se réveille en huitième de finale. Elle écrase une Espagne crâneuse, un Brésil dépassé et un Portugal combatif. Puis Zizou décoche un coup de tête à Materazzi pendant les prolongations de la finale contre l'Italie, et tout s'effondre. Voilà ce que nous avons tous vu. Pourtant, en coulisses se jouait un autre drame, personnel, celui de Vikash Dhorasoo, qui en a fait un documentaire, Substitute - « Remplaçant ». Que se passe-t-il dans la tête d’un joueur qui n'entre sur le terrain que 16 minutes pendant toute la durée d’une compétition ? Joueur éternellement incompris et irrégulier, marginalisé au sein même de son équipe en 2006, Vikash Dhorasoo doit se cantonner au banc mais sourire aux caméras et décide sous l'impulsion du rockeur Fred Poulet de filmer sa non-aventure. N’y attendez aucune révélation croustillante mais plutôt une errance mélancolique tournée en super 8 : le sort d’un joueur réduit à filmer les murs de sa chambre parce qu’il est banni du terrain.

Maradona par Kusturica, Emir Kusturica (2008)


Des livres, des films, des chansons, des statues, tout a été dit, tout a été fait sur Maradona. Mais en ce moment, pour oublier le triste spectacle que nous a récemment donné la légende argentine dans les tribunes de la Coupe du Monde, il est bon de se rappeler la vie de ce sportif hors-norme. Et pour éviter le docu redondant, rien de mieux que d’en choisir un réalisé par un cinéaste en tout point hors-norme, lui aussi : Emir Kusturica. Alors, on peut regretter que le réalisateur serbe se mette un tantinet trop en scène (déjà dans le titre même du film, Maradona par Kusturica), quitte à voler la vedette à Diego, « El Pibe de Oro » ; on peut regretter aussi de passer à côté d’une analyse de sa technique de jeu extraordinaire pour se concentrer quasi uniquement sur un portrait révolutionnaire du footballeur (l’ami de Castro et pourfendeur de Bush). Mais le film reste un portrait plutôt touchant et sincère. Un portrait de fan, d’un artiste à un autre, qui s’attache à comprendre les tourments d’un homme-dieu écrasé par son statut et ses démons.

Looking for Eric, Ken Loach (2009)

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À qui aimeriez-vous parler si vous étiez postier à Manchester, fan de foot, séparé et en charge des enfants de votre ex qui vous rendent la vie impossible ? Si vous avez passé plus de deux secondes à réfléchir à la réponse, c’est que vous ne savez définitivement pas vous mettre dans la peau d’un fan d’Eric Cantona. Dans ce film de Ken Loach, lorsque Eric Bishop, loser magnifique au bord du suicide, invoque son homonyme héroïque dans ses moments de désespoir, celui-ci finit par se présenter à lui en chair et en os. S’ensuivent des leçons de vie délivrées par Cantona himself, expliquant à son fan absolu comment survivre quand l'existence semble plus incertaine que l'issue d'un match OM-PSG. Jusqu’au clou du spectacle : le moment où, cherchant à comprendre comment un seul homme peut contenir autant de vies, Eric Bishop lui demande comment il s’y prend. La réponse est à se repasser en boucle avant n’importe quel match : « I am not a man, I’m Cantona. »

Ballon sur Bitume, Yard (2016)


Il n’y a pas forcément besoin de l’enceinte d’un grand stade, de 22 joueurs millionnaires, d’une compétition regardée dans le monde entier et d’enjeux colossaux pour toucher à la grâce du football. Tout ce qu’il faut, c’est un terrain, un ballon et une poignée de joueurs passionnés. Avec Ballon sur bitume, documentaire réalisé par Yard, la culture street football a trouvé son grand film. De la banlieue parisienne (Sarcelles, Sevran, Argenteuil) aux Pays-Bas (la terre des plus grands techniciens du genre) le film nous plonge dans un monde parallèle, celui des gestes techniques, du style vestimentaire et des terrains en cage où il ne faut pas avoir peur de se faire chambrer ou de s'arracher la peau sur le bitume. En donnant la parole à des footballeurs professionnels, des rappeurs et des géants du futsal (Adrien Gasmi en tête) Ballon sur bitume dessine une galaxie de la jeunesse qui vit ses rêves sur le terrain en bas de chez elle. Qui s’entraîne jour et nuit à reproduire les gestes de Neymar pour mettre son meilleur pote dans le vent, lui foutre la honte devant tout le monde pour l’amour du foot et vivre des instants de communion incomparables, intemporels. Des exutoires où s’échauffent nos futurs champions et où l’histoire s’écrit d’une frappe en lucarne ou d’un petit pont.

Bonus plaisirs coupables :

Shaolin Soccer , Stephen Chow (2001)


Pour ceux qui ont grandi avec Captain Tsubasa ( Oliver et Tom pour les plus ignares), légendaire manga et animé qui suit les aventures du jeune footballeur Olivier Atton – et où les frappes sont nucléaires, les ballons continuent de tourner pendant 5 minutes une fois au fond des filets et les terrains font la taille d’une steppe mongole – Shaolin Soccer est du pain béni. Ici, on suit une équipe de moines Shaolin reconvertis en footballeurs sous la coupe d’un ancien joueur professionnel. Comédie totalement absurde calquée sur une trame de jeu vidéo (le groupe affronte une équipe après l’autre, évoluant petit à petit jusqu’au « boss final »), Shaolin Soccer réserve quelques moments cultes, comme cette scène d’entraînement surréaliste ou celle qui voit un ballon s’enflammer après une frappe stratosphérique du personnage principal joué par Stephen Chow (également réalisateur). C’est drôle. Très con, mais c’est drôle.

Joue-la comme Beckham, Gurinder Chadha (2002)


Jess Bahmra vit dans une famille indienne traditionnelle qui a un plan de vie bien rodé pour elle : la transformer en épouse irréprochable pour lui trouver un bon mari. Sauf que Jess a d’autres ambitions, la première étant celle de jouer comme David Beckham - dont le visage recouvre les murs de sa chambre (et que sa mère prend pour un skinhead). Alors qu’elle hésite entre l’apprentissage intensif du dahl et le plaisir exponentiel des dribbles, elle fait la rencontre de Jules (Keira Knightley) qui la convainc d’intégrer une équipe de foot féminine. Guilty pleasure infusé de bons sentiments gentiment progressistes, Joue-la comme Beckham est l'antidote assuré en cas de défaite de votre équipe préférée.

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