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pongo, la nouvelle princesse du kuduro sur laquelle vous allez devoir danser

Née en Angola, débarquée à Lisbonne et révélée à force de talent et charisme aux côtés de Buraka Som Sistema, Pongo sort cette rentrée son premier EP, « Baia », pour faire danser le monde.

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sept. 3 2018, 12:39pm
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Il y a presqu’un an, dans un article sur la scène afro-house bouillonnante de Lisbonne, nous évoquions le légendaire groupe Buraka Som Sistema, héraut du kuduro portugais, son influence et le fait qu’après avoir retourné les dancefloors de leurs contrées et bien au-delà, la formation s’attelait maintenant à élever ses héritiers. À 24 ans, Pongo en est une et partage avec Buraka, en plus de ses origines angolaises (et d'une présence vocale sur le légendaire « Kalemba »), une ambition à la hauteur de sa musique : « faire danser le monde ». Le premier EP de la jeune chanteuse, Baia, sort le 21 septembre et son titre contient à lui tout seul la force de ce disque irrésistible. « ‘Baia’ c’est une expression très particulière de l’Angola, explique-t-elle. Une manière d’annoncer que quelque chose va arriver. Un peu comme ‘attention, je vais dire, ou faire quelque chose.’ » On est prévenus.

Repérée en avril dernier après la sortie du clip de l’entraînant « Tambulaya », qui invoquait à la fois les clichés de Malick Sidibé et les femmes du mouvement Black Panther, Pongo fait partie de ces artistes dont la carrière s'écrit en slalomant entre la poésie et les plus beaux hasards. Un tracé dont le premier point se dessine à la fin des années 1990, à Luanda en Angola, quand, alors que la guerre civile traverse le pays, un concours de danse est organisé dans le quartier de Cuca. Petite fille, Pongo est fascinée par le spectacle, notamment par son père qui multiplie fiévreusement les pas de Semba et de Kizomba. Et aujourd’hui, c’est d’abord cela, la danse et la musique, que la chanteuse retient de son pays. « L’Afrique pour moi, ce sont des souvenirs très heureux avec ma famille, mes amis. Des émotions très fortes. Tout est joli quand on est enfant. » Mais ce père qui a déposé ces premières images indélébiles dans l’esprit de Pongo s’envole pour le Portugal, et la violence en Angola finira d’entamer l’exil du reste de la famille, des années plus tard. Direction Lisbonne.

« Mon premier souvenir, c’est l’arrivée à l’aéroport avec mes sœurs et ma mère. Les retrouvailles avec mon père que je n’avais pas vu depuis très longtemps. Il est parti quand j’étais toute petite mais je l’ai reconnu directement, j’ai crié son nom au milieu du terminal, ça m’a marqué. » Là encore, pudeur ou réelle volonté de ne garder que la beauté de sa vie, malgré le déracinement, le monde nouveau et parfois peu accueillant qui s’ouvre à elle, quand on essaye de l’amener sur le choc qu’a pu provoquer une telle arrivée en terre inconnue, elle dévie plutôt sur tout ce que Lisbonne a de positif. Et sur la façon dont, une fois de plus, la musique s’est imposée à sa vie tant elle vivait trop fort en elle pour se taire. « À Lisbonne j’ai commencé par la danse, avec un groupe de garçons [Denon Squad, ndr] que j’ai rencontré dans une gare, sur le chemin de l’école. Ils dansaient là, je me suis identifié à eux, ils avaient le même langage corporel : le kuduro. » La danse lui suffit, pendant un temps. Mais la musique n’en a pas fini avec Pongo. « Un jour, les mecs de ce groupe m’ont proposé de faire des chœurs pour eux. Ils chantaient aussi. Et un des garçons connaissait quelqu’un de Buraka Som Sistema. Ils cherchaient une nouvelle chanteuse. Mes potes ont envoyé sans me le dire un de mes enregistrements à Buraka. »

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Très vite les Buraka la rencontrent, entrent en studio pour enregistrer avec elle. Lorsqu’on entend sa voix tantôt fragile, tantôt puissante mais toujours précise déployée sur son EP, on est d’autant plus étonnés qu'elle n'ait eu « aucune conscience d’avoir une voix avant ça. » « Sincèrement, j’ai commencé à faire des chansons et des mélodies sans vraiment comprendre ce que j’étais en train de faire, sans me rendre compte que je chantais. C’est un peu tombé du ciel. » Pongo partage la scène de la Music Box, club incontournable de Lisbonne, avec les Buraka, brille d’une énergie pure et enflamme les réseaux sociaux. Dans le vent d’une ville dont elle admire la faune, fait bouger les nuits sans en faire pour autant son seul moyen d'expression. « À Lisbonne c’est le mélange des cultures qui m’a nourri, la diversité, le côté occidental, le côté africain. Je n’ai pas besoin d’aller en discothèque pour saisir cette diversité-là. Elle est partout ! Mais pour moi, la musique et la danse vont toujours ensemble, c’est ma manière de voir le monde, et c’est pour ça que je mets ce rythme dans mes chansons. »

C’est précisément ce qui ressort des cinq très beaux morceaux de Baia : la musique de Pongo est physique, et même quand elle se permet un registre plus doux comme sur le romantique « Kuzola » ou le langoureux « Kassussa », il vient toujours un rythme, un écho, un flow ; un twist pour relever sa recette toute personnelle de kuduro, mâtiné de pop tribale, d'électro, d'afro-house, de dancehall. Pour faire danser le monde. « J’ai envie de transmettre de bonnes émotions à tout le monde, que même ceux qui ne comprennent pas les paroles se sentent libres en écoutant ma musique. Libres de danser, de s'exprimer, de ne pas se sentir opprimés, de ressentir toutes les émotions possibles. Et la libération passe par le corps. »

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