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de la mode au portrait, lasse dearman photographie le vertige de la jeunesse

Pendant un temps, Lasse Dearman a photographié ses potes dans un skatepark d'une petite ville du Danemark. Aujourd'hui contributeur de nombreux magazines de mode, il nous parle de sa vision de la photo.

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mai 30 2018, 9:34am

Photographie Lasse Dearman

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Le photographe danois Lasse Dearman est allé à l’université pour étudier la photographie. Dans deux universités, d’ailleurs. Mais il n’est allé au bout d'aucun de ses cursus. Comme de nombreux jeunes et excellents photographes avant lui, l’imagerie qu’il façonne est émaillée d’un esprit DIY et d’une ingéniosité allant bien au-delà des outils proposés par les écoles d’art. Obsédé par le skate dès son plus jeune âge, Lasse a rapidement mis son talent brut au service de la documentation de cette scène. « J’ai grandi dans une petite ville du Danemark où je passais le plus clair de mon temps à jouer à Tony Hawk Pro Skater 2 ou à traîner au skatepark local. La première fois que j’ai vu un appareil photo, c’était au skatepark. Je prenais des photos de mes potes en train de faire des figures, et le tout a fini par se transformer en une série appelée dearman dearest et publiée sur un site de skateboard danois. »

Capable de capturer l’énergie d’une pièce ou de l’espace qui l’entoure, chacune de ses images évoque le nihilisme et la dissidence de la jeunesse sans pour autant tomber en terrain conquis et connu. Des tombées de la nuit crépusculaires, des baraques un soir de fête, des tenues précises, des amis bourrés ; la photographie de Lasse est une lettre d’amour à nos longs étés adolescents et à cette forme d’ennui typique que nous détestions enfants et qui nous manque aujourd’hui. Aujourd’hui, le photographe habite à Copenhague, contribue à des titres internationaux tels que Wonderland, Tank, Hero and Heroine et Man About Town, collabore avec des marques comme Adidas et travaille sur ses projets personnels. Nous avons voulu savoir à quoi ressemblait sa vie de photographe professionnel.

Tu te souviens de la première fois que le travail d’un photographe a eu de l’effet sur toi ?
Je ne me souviens pas d’un moment spécifique, non, mais je pense que l’un des premiers photographes qui m’a marqué et qui a eu un réel impact sur moi est JH Engstrom. J'ai acheté ce livre, Haunts, après avoir vu quelques-unes de ses photos et ça m’a véritablement ouvert les yeux – notamment sur la manière d’utiliser la photo comme un langage personnel.

Tu penses que la photographie devrait être étudiée à l’université ? Ça a été ton cas ?
Je ne pense pas qu’il y ait une approche parfaite de la photographie. Tout le monde a sa propre manière, très individuelle, d’apprendre et de développer ses talents. Certains bénéficieront d’un suivi scolaire et d’autres non. Si je parle de ma propre expérience, j’ai étudié à la fois le photojournalisme et la photo d’art, à la Danish School of Media and Journalism et à la Glasgow School of Art. J’avais du mal à adapter ma photographie à chacune de ces écoles, alors j’ai fini par quitter les deux.

Dans une industrie saturée d’images, comment fais-tu pour garder des idées neuves et fraîches ? Comment peut-on rester original quand on a l’impression que tout a déjà été fait ?
Quand on shoote pour différents clients ou magazines, il est très difficile de ne pas finir par compromettre son travail de manière commerciale. Au final, je vois de moins en moins de moi dans mes images, et c'est désagréable. En ce moment, j’essaye de faire plus de shoots pour moi, qui n’entrent en conflit avec l’intérêt de personne. Ça me fait beaucoup de bien, c’est très motivant et j’ai le sentiment que le résultat est beaucoup plus personnel. Alors pour répondre à la question, je pense que la réponse c’est d’essayer de travailler pour soi avant de travailler pour qui que ce soit d’autre. Et si en faisant cela tu arrives à développer quelque chose de personnel, il y a de grandes chances pour que ce soit original et que ça se démarque du reste.

Pellicule ou numérique ? Tu dois dépenser beaucoup d’argent dans l’équipement pour arriver à ce que tu veux ?
Je photographie à la pellicule, et je dépense certainement plus d’argent en la matière que je ne devrais… mais en même temps j’adore – presque – tout ce qui touche à la pratique à la pellicule. Alors pour l’instant je dirais que vaut largement le coup.

Quel est le plus grand défi auquel tu as dû faire face en tant que photographe ?
Parfois c’est compliqué d’être aussi personnel que je le souhaite sur des projets commerciaux. J’ai encore une marge de progression à ce niveau-là.

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Comment tu arrives à trouver l’équilibre entre créativité et commercial ?
J’essaye d’être très conscient des missions que j’accepte et, autant que possible, de ne faire que des jobs qui m’intéressent ou m’excitent un minimum. Mais c’est très difficile, tu ne peux pas attendre de chaque job commercial qu’il soit taillé sur mesure pour toi, mais je pense qu’en ne disant oui qu’aux bonnes missions, les gens finissent par avoir une idée de ce qui t’intéresse et ce qui ne t’intéresse pas.

Qu’est-ce qui fait une photo réussie, pleine d’émotion ?
Une photo peut te toucher d’une manière différente, éveiller de nouveaux sentiments ou te faire regarder le monde autrement. En général, j’aime bien que le photographe soit aussi présent dans la photo que son sujet.

Est-ce que tu prends Instagram en compte quand tu fais une image et que tu penses à son impact, sa distribution ?
Comme je l’ai dit avant, je peux être très facilement distrait, alors je fais de mon mieux pour ne pas laisser Instagram m’influencer quand je fais mes images.

Est-ce que cette inondation d’images en ligne a changé la manière que tu as de penser, rechercher et aborder la photographie ?
Je ne pense pas. J'ai l'impression qu'il est facile devoir qui met du cœur dans son art et qui n’en met pas. Bien sûr, si l’on parle de recherche photographique, internet a énormément à offrir, des choses qui seraient difficiles à trouver autrement. C’est très appréciable.

Est-ce que tu as de l’espoir pour le futur de la photographie en tant qu’art ? Quelle direction te semble prendre l'industrie ?
À en juger par les gens que je suis sur Instagram, j’ai l’impression que l’intérêt pour la photographie ne cesse d’augmenter, et que les gens ont une relation de plus en plus étroite avec cette discipline. D'après moi, c’est une façon de reconnaître la photographie pour ce qu’elle peut réellement être, et de traiter ses propres photos avec le respect qu’elles méritent. Il me semble que la photographie va dans la bonne direction.

Pourquoi avons-nous besoin de photographie professionnelle ?
Je ne pense pas que la photographie à visée commerciale perde automatiquement ses qualités artistiques. Je pense que les campagnes peuvent avoir un réel impact et une grande valeur culturelle. J’ai vraiment adoré la collaboration entre Juergen Teller et Marc Jacobs, par exemple.

En quoi le papier est-il encore important ?
Ça demande aux gens une attention toute particulière, très différente de celle que nous adoptons en ligne. Pour ce qui est des photos, j’ai le sentiment que leur but originel était d’être imprimées. C’est la formule originale. Utiliser l’impression comme une partie du processus et comme livraison finale fait tout à fait sens pour moi. Je dirais même que, à l’ère de la technologie numérique, le print pourrait devenir plus important que jamais. Il n’est plus isolé et autonome comme il l’a longtemps été, il est maintenant regardé comme un médium parmi tant d’autres. Au-delà de ça, les opportunités offertes par les livres et les magazines sont essentielles en séries photo. Voir des images page par page c’est magnifique, c'est quelque chose que le digital ne peut pas offrir.

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Cet article a été initialement publié par i-D UK.

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