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ringxiety, le livre photo qui vous fera décrocher de votre portable

Le photographe de skate et de mode français Cédric Viollet est parti à Hong Kong pour documenter l'addiction des habitants de la ville à leur téléphone portable. Ses clichés ont été rassemblés dans un très beau livre, Ringxiety.

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mai 29 2018, 10:20am

Cédric Viollet

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En 2012, après plus de dix ans passés à photographier des skateurs, Cédric Viollet décide d'effectuer un tournant 180° digne de Jamie Thomas. Le photographe déménage à Paris, se lance dans une carrière de photographe de mode et signe les campagnes de marques de luxe comme Kenzo, Louis Vuitton, Sonia Rykiel ou Dries van Noten. En parallèle, insatisfait de l'exercice, Cédric tente de se rapprocher du réel et de remettre son œil en question à travers des exercices de photo documentaire. Une nouvelle pratique qui le mène dans des zones relativement inexplorées, isolées ou instables dont il capture une réalité instantanée et vive, sans fard. Ses portraits de passants saisis sur le vif, souvent en close-up, empêche souvent le spectateur de comprendre où le photographe se situe car, comme il l'explique, Cédric souhaite se concentrer sur « des figures et des individus décontextualisés ».

En guise de jungle, il a choisi pour son dernier livre photo l'inextricable dédale de Hong Kong où il a photographié les accros au portable – têtes baissées, ils avancent dans les rues de la ville, les yeux plongés dans les LED de leurs écrans et ne discernent pas l'objectif du photographe. Ringxiety, ce sont 108 pages de clichés souvent granuleux, étouffants, autant de gestes dystopiques saisis à la volée mais totalement maîtrisés. Recontextualisation express avec un photographe curieux.

Tu es passé de la photo de skate à la mode puis à la photo documentaire. Comment s'est opéré ce glissement ?

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Dès mes débuts, il me semblait naturel d’approcher le skateboard de manière documentaire, portraits, ambiances, action… Puis naturellement j’ai de plus en plus laissé l’action de côté pour ne faire quasiment que des portraits, ce qui m’a amené à la mode. Mais après trois ans sans faire de projets perso, j’ai décidé de me lancer dans un projet sur la Transnistrie, un état non reconnu par le reste du monde entre la Moldavie et l’Ukraine, émergé il y a 25 ans au moment où le reste du bloc soviétique découvrait la Pérestroïka... C'est un vestige du passé confronté au monde moderne, une dictature camouflée. J’y suis allé trois fois sur deux ans. Je suis ensuite allé au Lesotho, autre tout petit pays enclavé au milieu d'un immense territoire (L'Afrique du Sud), qui sort lui tout « juste » de l'apartheid. Sa particularité est d'être un territoire riche en lacs de haute montagne, ressource naturelle d'eau pour quasiment tout le sud de l'Afrique... mais où 3 personnes sur 5 ont contracté le Sida, et où les parents envoient leurs enfants à l'école pour qu'ils s'alimentent au moins le midi, à la cantine.

Qu’as-tu voulu dire avec Ringxiety?

Le projet « Ringxiety » est né de mon envie de me confronter à un sujet aux antipodes de mes précédents projets… Une grande ville surpeuplée et touchée par une nouvelle forme d'isolement et d'esclavage liés aux téléphones portables. Hong Kong. J'ai choisi d'être invisible, en prenant tous les trains et toutes les rues possibles à travers la ville, sans plan précis, dans un monde où triomphent portables et cigarettes, en me confrontant tout le long à cette bizarrerie : la solitude humaine, très réelle, que peuvent éprouver les gens au milieu d'une foule, dans une ville de 10 millions d'habitants, accrochés à leurs portables.

Qu’est ce que le « Ringxiety » d'ailleurs?

C’est un phénomène psycho-acoustique, une sensation de sentir son portable vibrer alors que ce n'est pas le cas, qu'on a reçu aucun appel ou message quel qu'il soit. C'est une pathologie nerveuse qui met entre trois mois et un an à se développer. Vous êtes ainsi en attente constante, engagé dans un monde virtuel qui vous déconnecte de votre entourage proche.

Dans ce projet, tes cadrages sont faits à la volée, tu as choisi l'argentique et le noir et blanc, pourquoi ?

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En fait, je n'ai pas choisi ces médiums en amont en me disant qu'ils diraient quelque chose de mon sujet. L'utilisation du grain est une technique employée pour gagner en spontanéité. Utiliser l'hyperfocale d'un objectif en ayant prédéterminé la plage de mise au point permet de se concentrer uniquement sur le cadrage. L'objectif de 28 mm permet d'être très proche des gens. Ces contraintes m'ont naturellement amené à un certain résultat et imposé un mode opératoire.

Comme Spike Jonze qui sème des indices pour les skateurs dans ses films, ton passé de skateur et de photographe de skate se retrouve-t-il, même sous forme de clin d'œil, dans ce travail ?

Je pense que oui, dans cette façon de me mouvoir de manière fluide dans la foule, et cette volonté d'attraper des moments au vol de manière spontanée.

Quels sont tes projets après Ringxiety ?

Je suis en train de préparer un projet depuis deux ans sur une réserve aborigène dans le centre de l’Australie. C’est prévu pour cet été, et ce sera l'hiver là-bas. J’organise en parallèle pas mal de workshops avec la marque Leica en continuant d'alterner séries de mode et job commerciaux avant mon départ pour l’Australie.

Ringxiety est disponible sur Paris chez Yvon Lambert et Classic.

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