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      mode Alice Hines 18 mai 2017

      trump a fait couler son agence de mannequins en devenant président

      Trump Models, l’agence de mannequinat de Donald Trump et relique de son âge d’or, est sur le point de fermer avec pour toile de fond des mannequins en colère et des bénéfices en berne.

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      En octobre les téléphones sonnaient de moins en moins. Le 9 novembre ils ne sonnaient plus du tout. Alors que dans les rues de New York les gens marchaient les larmes aux yeux, l'ambiance à l'intérieur des grands bureaux de l'agence Trump Models était encore plus morose. « On aurait dit un cimetière, » selon une de nos sources. Dans ce silence de mort, un nom - que l'on pouvait voir affiché dans l'entrée en lettres capitales - raisonnait pourtant partout et très fort. TRUMP.

      Durant la majeure partie de son existence, l'agence a été gérée par une dizaine d'agents. Elle mettait a disposition de ses mannequins un appartement dans l'East Village afin qu'elles puissent s'adapter à la vie New Yorkaise. L'agence gérait la carrière d'environ 150 mannequins, généralement peu connues et venant du monde entier - en d'autres termes, une agence relativement normale. Et comme la plupart des habitants de la ville de New York, l'équipe de Trump Models ne s'attendait vraiment pas à voir son homonyme l'emporter. « J'ai pensé que c'était une blague, dit Atong Arjok, ancien mannequin pour Trump Models, réfugiée soudanaise qui a émigré en Californie enfant. J'ai eu du mal à m'y faire. Ce nom s'oppose totalement à ma personne. »

      Le mois dernier, l'agence Trump Models, officiellement renommée Trump Model Management, a fait parvenir une lettre à ses clients en expliquant les raisons de sa fermeture. La Trump Organisation préférait se focaliser sur le « noyau dur » de son business, notamment l'immobilier, le golf et l'hospitalité. Contacté par téléphone la semaine dernière, un représentant déclarait que l'agence ne fonctionnait plus et qu'elle fermerait définitivement à la fin du mois de mai. La raison de la fermeture de cette agence est, d'une certaine manière, assez simple : pourquoi est-ce qu'un Président détiendrait une agence de mannequinat ? Mais c'est aussi une parabole de la nouvelle réalité de la mode qui a dû se démarquer de la politique lorsque Donald Trump a été élu Président en novembre dernier. Cette agence, fondée en 1999, était une des nombreuses connexions de Trump avec le monde de la mode. Il suffit de penser aux événements que sont Miss Univers et Miss USA qu'il a vendu en 2015, ses lignes de vêtements, ses filles qui ont passé du temps sur les podiums, sans oublier sa longue liste de femmes et de conjointes, qui ont régulièrement ornées les couvertures de magazine pour comprendre que le nouveau président des États-Unis cultivait un lien fort avec la mode. Malgré un grand nombre d'opposants au sein de l'industrie, la mode - et la multitude de femmes qui y sont employées - a joué un grand rôle dans la construction de la mythologie personnelle de Trump. 

      Lors d'une soirée de lancement de l'agence en 1999, Trump, en levant son verre, déclarait : « À la plus riche des agences. » En réalité, Trump Models n'était pas son projet le plus lucratif - lors de sa dernière déclaration financière, Trump a obtenu moins de 2 millions de dollars de revenu grâce à ce projet - mais il donnait une impression de richesse. Au début, lorsque l'agence organisait des fêtes, Trump y était régulièrement photographié. L'agence a signé Paris Hilton à la fin des années 1990, puis Melania Knauss, sa conjointe, qui a notamment participé à un shooting pour le GQ britannique à l'intérieur du jet privé du richissime homme d'affaire. Il arrivait de temps en temps qu'il choisisse des filles parmi les participantes de ses concours de miss pour intégrer l'agence. Une ancienne Miss Utah, à laquelle il avait présenté quelques contacts de la mode un an avant le lancement de Trump Models, se rappelle de ses méthodes particulières : « Il m'a directement embrassé sur la bouche. Je me suis dit : 'Oh mon dieu, c'est dégoutant.' »

      Parallèlement à cela, l'association n'a pas toujours été un avantage pour le groupe Trump. « Certaines personnes ont été rebutées par le côté extravagant de l'agence, qui reprenait parfois les codes de Las Vegas, » expliquait le New York Post peu après le lancement de Trump Models, en ajoutant que le nom avait été raccourci pour devenir T Management, un nom « plus lisse et plus simple ». Quelques années plus tard, le nom changeait à nouveau. Comme le disait le président de l'agence en 2003, « Tout ce à quoi il donne son nom fonctionne à merveille, donc pourquoi pas ? »

      Comme le disent certains des employés, Trump Models n'a jamais fait partie des meilleures agences de mannequinat du monde. « Ils avaient un ou deux mannequins [à succès] tous les deux ans mais ça n'a jamais vraiment marché, » avoue le directeur de casting Douglas Perrett. Mais ce manque était comblé par de solides contacts et des employés agréables et fiables, comme le confirment certains mannequins. Bien que d'autres aient par le passé rapporté certains problèmes - comme des appartements de fonctions inadéquats et un mépris des lois sur l'immigration - notamment dans un article pour Mother Jones l'année dernière, chacun des mannequins à qui j'ai eu l'occasion de parler plus récemment m'a affirmé avoir été bien traitée. « Le modus operandi de Donald Trump est devenu plus doux et plus familial, affirme Imogen Whist, mannequin canadienne signée en 2013. Il n'y avait pas ce côté snob. » La mannequin hongroise Eszter Boldov affirme qu'elle a toujours été payée et que ses agents étaient très professionnels. « C'était une agence incroyable. » Même si l'appartement qui était mis à sa disposition par l'agence était, selon elle, trop cher (elle payait 3000$ par mois pour un lit superposé), c'était cependant l'un plus confortables dans lequel elle n'ai jamais vécu.

      En ce qui concerne l'affiliation de l'agence à Trump en personne, la plupart des mannequins interrogées et qui ont travaillé récemment pour l'agence ont affirmé qu'elle n'existait presque pas - jusqu'aux élections. Selon Sam Ypma, ancienne mannequin canadien signée en 2011, « c'était juste un nom, comme Ford. Personne n'a jamais vraiment pensé à ce que ça voulait dire. » Presque tous les agents employés par Trump Models ont refusé de s'exprimer durant la totalité de la période électorale. Mais tous les mannequins l'ont affirmé : les agents, du moins tels qu'ils les connaissaient, étaient l'antithèse de tout ce que représentait Trump, en tant que candidat. Politiquement « tout le monde était plutôt de gauche, » avoue Whist. 

      À la fin de l'été 2016, l'agence a envoyé un email à ses mannequins : « Ils nous ont dit que même si l'agence appartenait à la Trump Organisation, elle n'avait rien à faire avec la campagne de Donald Trump, » se rappelle Hartje Andresen, mannequin allemande. Mais c'est à l'automne, alors que les élections approchaient, que l'espoir de maintenir cette neutralité s'est évanoui. Andresen se rappelle de certains castings : « J'entendais parfois les autres mannequins dire : 'Comment ça va pour ce con ?' ou 'Est-ce qu'il t'a touché toi aussi ?' Je devais expliquer que je ne travaillais pas directement pour Trump et que je m'entendais très bien avec mes agents, tout en ayant un profond sentiment d'humiliation et de honte. »

      Au sein de l'agence, les autres mannequins ainsi que les agents comprenaient le conflit moral auquel Andresen faisait face, mais à l'extérieur rare était ceux qui le comprenaient. En tant qu'écologiste militante, les amis et la famille d'Andresen ne pouvaient s'empêcher de lui demander quand est-ce qu'elle déciderait enfin d'arrêter. « Je leur expliquait d'abord que changer d'agence n'était pas une chose anodine, que la confiance envers ses agents est essentielle et que beaucoup sous-estiment les troubles émotionnels, logistiques et professionnels que cela implique, » explique-t-elle. Mais au fur et à mesure « je commençais à être de moins en moins convaincante. je ne croyais moi-même plus à mes multiples tentatives de justification. » Hartje a signé dans une nouvelle agence en avril, ANTI Management, fondée par un ancien agent de Trump Models, Gabriel Ruas Santos Rocha. Le nouvel attaché de presse de Rocha, qui a décliné nos demandes d'interview, a insisté sur le fait que le nom de cette agence n'avait pas été choisi en réponse à la Trump Organisation.

      D'autres mannequins n'ont pas fait long feu. Maggie Rizer, l'une des top-modèles des années 1990 qui faisait partie du département Trump Legends, a annoncé publiquement son départ dans un post Instagram le 6 novembre dernier, deux jours avant l'élection. « En tant que femme, mère, américaine et être humain, je ne pourrais pas me réveiller mercredi matin en ayant un quelconque lien avec la marque Trump, » écrivait-elle. Comme elle me l'a expliqué par mail récemment, la décision n'a pas été facile. « J'étais devenue amie avec mon agent, Corinne [Présidente de la compagnie], je me sentais proche d'elle… Au final je n'aurais jamais dû rejoindre une agence détenue par quelqu'un que je ne respecte pas, ça a été mon erreur. » 

      Entre temps, nombres d'agents avaient déjà quitté le navire. Patty Sicular, qui grâce à sa sélection de top-modèles dans les années 1980 et 1990 a participé à l'augmentation des effectifs du département Trump Legends en 2012, a été la première à fuir, bien qu'elle ait affirmé dans une interview que cela n'était pas lié à des inquiétudes à propos de la solvabilité de l'agence. Sicular a fondé une nouvelle agence, Iconic Focus, en octobre 2016. « C'était simplement le moment de passer à autre chose, disait-elle, en ajoutant qu'elle ne pouvait pas donner plus de détails car elle avait signé un accord de confidentialité. C'était quelque chose que les mannequins ressentaient et moi aussi. » Lorsque Sicular est partie, elle a été suivie par des mannequins telles que Carmen Dell-Orefice, Cheryl Tiegs, Beverly Johnson et Karen Bjornson.

      Outre tous ces départs, toutes les personnes avec lesquelles j'ai parlé ont cité les mêmes raisons pour expliquer la fermeture de l'agence : un manque de bénéfices. En janvier, le visagiste Tim Aylward a annoncé sur sa page Facebook qu'il refusait de travailler avec Tump Models, quel que soit le projet. « L'idée d'avoir le nom de cet homme à côté du mien sur une photo me rend malade, » écrivait-il. Ses amis ont d'ailleurs affirmé dans les commentaires de cette publication qu'ils feraient la même chose. En février, ces postes ont été décrit comme un boycott dans un article de Refinery29. Et comme me l'a avoué une de mes sources, des actions similaires se préparaient dans les coulisses de l'agence.

      Ce boycott vient s'ajouter à l'importante vague d'activisme qui a parcouru l'industrie de la mode au moment des élections - des collectes de fonds organisées avant les élections pour Hillary Clinton aux créateurs refusant publiquement d'habiller Melania en passant par le nombre grandissant de mannequins et de personnalités s'engageant à soutenir l'organisation Planned Parenthood. Pour d'autres mannequins, comme Hartje Andresen, le côté positif de ces élections - et de l'affaire Trump Models - est que cela permet de faire entendre sa voix. « Quand j'ai commencé le mannequinat, Facebook n'existait pas encore, dit-elle. Aujourd'hui, en tant que mannequins, les réseaux sociaux nous permettent de toucher un public plus large. » Après les élections, Hartje a rejoint l'Union Américaine pour les Libertés Civiles (ACLU). Et juste avant les élections elle s'était joint à un groupe de mannequins activistes appelé la « Model Mafia » qui, le mois dernier, avait participé à la marche pour le climat à Washington. Sur une pancarte on pouvait lire la phrase suivante : « La société devrait s'inquiéter lorsque les mannequins descendent dans la rue. »

      Mais cela ne plaît pas à tout le monde. Kim Alexis, une des « Trump Legends », qui a fait sa première couverture pour Sports Illustrated dans les années 1980, pense que la nouvelle réalité du mannequinat, qui consiste à se servir de sa notoriété à des fins diverses et variées, est épuisante. « Ce n'était pas comme ça quand j'ai commencé, » me dit-elle autour d'un café. « Nous ne parlions pas de politique - nous parlions de la mode, des gens, du Studio 54. » Supportrice de Trump, Alexis trouve que le discours public du monde de la mode est inégal. « Les gens parlent de ce qu'ils veulent, dit-elle. Moi, je me tais. » Alexis est actuellement à la recherche d'une nouvelle agence pour la représenter.

      Avant de quitter Trump Models, Andresen a essayé de discuter avec ses managers des options qui s'offraient à eux pour éviter la fermeture. « J'avais plusieurs propositions comme changer le nom de l'agence et opter pour T Management, m'impliquer dans l'Union américaine pour les libertés civiles, Planned Parenthood, ou d'autres organisations de ce genre. Mais j'avais aussi pensé à trouver des façons de fournir des services de santé aux mannequins et aux agents, utiliser les mannequins les plus connues pour créer une vidéo YouTube et demander la démission ou le changement politique de Trump. Malheureusement mes idées n'ont pas été reprises - il est apparu flagrant que les liens entre l'agence et l'entreprise de Trump ont rendu ce genre de choses impossibles. » 

      Crédits

      Texte Alice Hines
      Photographie Michael Loccisano pour Getty Images

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      Tags:mode, donald trump, trump models, États-unis, mannequins, mannequinat

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