The VICEChannels

      culture i-D France 18 avril 2017

      perez fait de la pop avec des oeuvres d'art

      Camille Henrot, Michel Blazy ou encore Eléonore False... Le chanteur-compositeur français a interprété 11 oeuvres de la collection du frac Ile-de-France en musique. Un projet immortalisé dans un vinyle intitulé "Un album de collection". L'occasion pour Perez de donner une petite visite guidée à i-D.

      perez fait de la pop avec des oeuvres d'art perez fait de la pop avec des oeuvres d'art perez fait de la pop avec des oeuvres d'art

      Lorsque le timbre clair-obscur de Perez chante l'art, c'est toute une nouvelle dimension cognitive qui s'offre à nous. Déjà il y a un an, l'artiste français narrait les contes et légendes de la Villa Noailles d'Hyères, temple vénérable où ont séjourné quelques grands artistes partis en villégiature - de Man Ray à Dali. En 2015, Perez entamait un travail de synesthésie inédit, sorti aujourd'hui sous la forme d'un vinyle intitulé Un album de collection. Après avoir sélectionné 11 œuvres présentes dans la collection du frac Ile-de-France, Perez s'est donné pour mission de les réinterpréter en musique pour les raconter autrement. Comme dans une enquête ou à la façon d'un documentaire musical, Perez transforme le geste de l'artiste en geste musical et prolonge les œuvres. Entre synthés pop et rythmes sombres, Perez manipule les grands répertoires de la chanson française et les met au service de la création contemporaine. Il jouera ce nouvel opus le 21 avril au Plateau à Paris. En attendant, il nous offre une visite guidée à travers les œuvres qui ont inspiré son projet - une invitation à découvrir les mécanismes non plus de création mais d'interprétation de l'artiste, posé face à des œuvres dont les sens le dépassent, nécessairement.

      Lili Reynaud Dewar, En réalité, le Sphinx est-il une annexe du monument ou le monument une annexe du Sphinx ?

      « Il s'agit d'une affiche qui renvoie à une performance que Lili Reynaud Dewar a réalisée il y a longtemps. Quand je lui ai demandé de m'en parler, elle s'est lancée dans un travail de remémoration qui était assez chouette à observer, d'autant que nous étions dans son atelier et qu'elle y retrouvait petit à petit des objets et des costumes qui avaient servi à cette performance. A l'association d'idées qui reprenait forme s'ajoutait une dimension archéologique. J'ai voulu retranscrire ça dans le morceau. »

      Lili Reynaud Dewar, En réalité, le Sphinx est-il une annexe du monument ou le monument une annexe du Sphinx ?, 2008, Collection frac île-de-france, (c) Lili Reynaud Dewar

      Camille Henrot, « Journal du voleur » 

      « Dans sa série d'Ikebana renvoyant à des oeuvres phares de la littérature, Camille Henrot dévoile sa propre bibliothèque, établit une constellation d'ouvrages qui lui sont chers. Cela m'a fait songer au caractère fétiche d'une bibliothèque qui est généralement placée dans une habitation de manière à pouvoir être vue et admirée par les invités. Une bibliothèque c'est à la fois une réserve de lectures potentielles et des titres d'ouvrages et des noms d'auteurs qui disent quelque chose sur la personne qui les a accumulés. C'est une chanson qui parle de la culture comme jeu social. »


      Camille Henrot, « Journal du voleur », Jean Genet, de la série : « Est-il possible d'être révolutionnaire et d'aimer les fleurs ? », 2012, Collection frac île-de-france, (c) Adagp, Paris, 2016

       Eléonore False, Remise en forme 

      « Dans cette chanson, je voulais rendre sensible les déplacements du corps et du regard qu'inspire au spectateur cette oeuvre d'Eléonore False, la manière dont la rencontre et la reconnaissance de la pièce ne peuvent se faire qu'en lui tournant autour, un peu comme une danse de séduction. »

      Eléonore False, Remise en forme (Dana Reitz), 2014, Collection frac île-de-france, (c) Eléonore False

      Romain Bernini, John Frum

      « Cette série de peintures de Romain Bernini a été réalisée sur des caisses contenant d'autres oeuvres d'art de la collection du FRAC Île de France et est inspirée par l'histoire de John Frum, le prophète d'un culte du cargo au Vanautu. Il y avait déjà une chanson de Gainsbourg au sujet de ce culte étrange. Pour ma part, j'ai imaginé une histoire de recel d'oeuvre d'art dont la morale pourrait être que l'art est une marchandise qui nous hante. »

      Romain Bernini, John Frum, 2013, Collection frac île-de-france, (c) Adagp, Paris, 2016

      Benoît Maire, Une raison de ne pas écrire sa vie

      « C'est un titre qui suggère évidemment une chanson où le récit de soi est biaisé. Je connais Benoit Maire depuis longtemps et j'ai déjà fait de la musique pour lui. L'idée était de faire apparaître des impressions et des pensées que me suggère son travail en les déguisant en événements auto-biographiques. »


      Benoît Maire, Une raison de ne pas écrire sa vie, 2010, Collection frac île-de-france, (c) Adagp, Paris, 2016

      Saâdane Afif, Skull table

      « Quand j'ai discuté avec Saâdane Afif de cette pièce de jeunesse, il a évoqué les histoires de piraterie auxquelles il s'intéressait à l'époque et m'a dit qu'il aimait la façon dont elles furent diffusées pendant longtemps de manière orale et ainsi déformées de récit en récit. Ça m'a donné l'idée d'un morceau dont chaque couplet constitue une déformation du couplet précédent, suivant le principe du téléphone arabe. »


      Saâdane Afif, Skull table, 2001, Collection frac île-de-france, (c) Saâdane Afif. Photo : André Morin

      Michel Blazy, Le Lâcher d'escargots

      « L'exposition "Le grand restaurant" de Michel Blazy au Plateau m'avait particulièrement marqué. Son utilisation des matières organiques et des processus de transformation nous renvoie de manière poétique et un brin flippante à notre propre corporalité, à notre condition d'organisme en constante métamorphose. C'est une chanson qui conte un changement d'état pas tout à fait serein. »


      Michel Blazy, Le Lâcher d'escargots, 2009, Collection frac île-de-france, (c) Adagp, Paris, 2016. Photo : Martin Argyroglo 

      Emilie Pitoiset, Just Because #9

      « J'ai réalisé des vidéos pendant la composition de ces chansons avec mon acolyte Loan Calmon et lorsque nous avons voulu filmer ces oeuvres d'Emilie Pitoiset le verre qui les protégeait était tellement réfléchissant qu'il nous était très difficile d'échapper à nos reflets. Je me suis dit que cette anecdote était peut-être éclairante sur la signification que m'inspirait cette série, quelque chose comme ma présence involontaire à l'intérieur de l'oeuvre. »


      Emilie Pitoiset, Just Because #9, 2010, Collection frac île-de-france, (c) Emilie Pitoiset

      Isabelle Cornaro, Sans-Souci

      « La présence ondulante et intermittente de cheveux sur cette surface abstraite constituée de bandes blanches permet à l'esprit, par son laconisme, de générer maintes images, excitées également par ce titre qui renvoie à la fois à l'absence de souci et à un palais allemand un peu kitsch. J'ai procédé par libre association pour celle-ci, en me plantant devant l'oeuvre d'Isabelle Cornaro et en écrivant ce qui passait par la tête. Puis j'ai coupé dans la masse et j'ai organisé, comme un coiffeur. »


      Isabelle Cornaro, Sans-Souci, 2005, Collection frac île-de-france, (c) Adagp, Paris, 2016

      Etienne Chambaud, L'horloge

      « Cette oeuvre d'Etienne Chambaud est une véritable horloge qui donne à voir des images fixes tirées de films sur lesquelles on peut lire l'heure qu'il est effectivement à la minute près. Ma méthode d'écriture a consisté à tenter d'écrire tout ce que je voyais dans les images, sachant qu'au bout de chaque minute je serais interrompu par une nouvelle image et que mes descriptions seraient nécessairement incomplètes, liées à des choix. Il s'agissait de rejouer dans l'écriture ce travail d'épuisement de la réalité à la fois ludique et fatalement incomplet qui est à l'oeuvre dans cette horloge dont certaines images sont manquantes et remplacées par un écran bleu. »


      Etienne Chambaud, L'horloge, 2005-2007, Collection frac île-de-france, (c) Etienne Chambaud

      Jean-Charles Hue, Y'a plus d'os

      « Il s'agit d'une chanson également descriptive à propos de cette vidéo de Jean-Charles Hue qui interroge de manière fracassante la place de celui qui regarde. Elle parle de quelqu'un qui scrute des choses latentes et des choses manifestes. L'idée c'était d'observer quelqu'un qui observe. »


      Jean-Charles Hue, Y'a plus d'os, 2006, Collection frac île-de-france, (c) Jean-Charles Hue

      Perez jouera Un Album de Collection le 21 avril au Plateau. Il sera également en concert le 31 mai au Point Ephémère.

      Rejoignez i-D ! Suivez-nous sur Facebook, sur Twitter et sur Instagram.

      Tags:culture, art, musique, perez, frac, expo, visite guidée

      comments powered by Disqus

      Aujourd'hui sur i-D

      Plus d'i-D

      featured on i-D

      encore