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      culture i-D Staff 13 avril 2017

      magazines, fanzines et livres d’art : la sélection d’0fr. pour ce printemps

      C’est la librairie la plus éclectique de Paris où se nichent fanzines, ouvrages vintage, livres d’art et micro-publications. Pionner dans la distribution de magazines alternatifs, 0fr. a notamment permis la diffusion d’i-D en France. Marie Thumerelle, sa co-fondatrice, revient sur les 20 ans d’0fr. et nous fait découvrir sa sélection de titres rares.

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      Avec ses colonnes de magazines et ses cascades de livres, la librairie 0fr. rassasierait n'importe quel ogre d'images et de mots. Derniers numéros de Vestoj, Cabana, 1 Granary, 032c ; livres de photos signées Cecil Beaton, William Klein, Ed van der Elsken,Wolfgang Tillmans, Pieter Hugo, Peter Hujar ; exemplaires uniques d'ouvrages précieux ; livres d'architecture (Tadao Ando, Le Corbusier) et d'art (Georgia O'Keeffe, Cy Twombly, Yoshito Monara) : une sélection de grands crus. Tout commence en 1996 quand Marie et Alexandre Thumerelle, sœur et frère, lancent Prétextes, un magazine gratuit sur la culture et Paris. « On avait vingt ans et pas d'argent et on se disait que tout était possible », explique Marie. Alexandre fait des études de cinéma, Marie étudie la sociologie. Ils financent la publication de Prétextes avec leurs petits boulots. « Les magazines gratuits à l'époque, ça n'existait pas et les annonceurs n'étaient pas prêts à s'engager dans un tel projet ». 5 numéros sont autoproduits. Sur la couverture est inscrit 0fr. pour zéro franc. L'acronyme restera. « Au début on disait qu'0fr. ne voulait rien dire ; maintenant, quand on nous demande, on dit que ça signifie Open Free and Ready, ce qui correspond bien à notre philosophie ». A la fin des années 1990, à Paris, les réseaux pour distribuer ce type de magazines indépendants sont inexistants. « On décide alors de créer un réseau de vente, on démarche les kiosques bien situés, à proximité des agences de pub et les boutiques des musées pour construire un réseau qualitatif destiné à distribuer des magazines parlant d'art, de musique, de mode, des choses qu'on n'avait pas l'habitude de voir à Paris ». 0fr. est lancé. « On a appelé Terry Jones, on lui a dit envoie-nous i-D, on va le distribuer ! A l'époque, i-D était très peu distribué à Paris, seulement dans les aéroports, par exemple. Puis, on a distribué Dazed, Wad, Purple… Un peu plus tard, on a eu BUTT fondé par Gert Jonkers et Jop van Bennekom qui lanceront ensuite Fantastic Man et Gentlewoman. Wallpaper* aussi et c'était une grande révolution à l'époque que de parler de déco, de design et de mode dans un même format. A tous, on offrait une com' de fou sans qu'ils aient besoin d'agent ». 0fr. est devenu le support d'expression de ces magazines. En juillet 1998, chez Kiliwatch, boutique vintage à Etienne Marcel, 0fr. ouvre enfin son premier kiosque. « Les baux dans le quartier était hors de notre portée. Avoir un lieu à nous où l'on pouvait enfin poser tous ces beaux magazines était incroyable. On était aussi passionnés de photos et pouvoir vendre des livres de photos devenait enfin possible ! ». Les stocks d'ouvrages et de magazines s'accumulent. « On commence à nous contacter. La cave de mon appart' est pleine à craquer, j'empiète même sur le local à vélos et la gardienne me regarde de travers. En 1999, on décide alors de créer notre première librairie Rue Beaurepaire, à côté du canal Saint Martin. Là-bas, il n'y a rien, quelques marchands de tapis. Il ne se passe pas grand chose. » Le local est vaste, les livres s'empilent, les clients suivent. « Les DA, les passionnés venaient chez nous trouver les nouveautés. Ils disaient « ça sort du camion et je suis le premier à l'avoir ». Tout de suite, on a aussi créé un lieu d'expos ». En 2007, la librairie déménage rue Depetit Thouars. « On a toujours été présents dans notre librairie. On est là, on est accessibles. Beaucoup de gens peuvent ainsi nous montrer leur travail ». En 20 ans, 0fr. a ouvert plus de 150 lieux éphémères un peu partout dans le monde et a aussi monté un réseau de distribution de magazines à Londres et New-York, calqué sur le modèle français. 0fr. est toujours indépendant. « Cette indépendance, c'est notre luxe mais c'est aussi le fruit de notre travail. On défend telle photo, tel travail. On le fait avec notre cœur. 0fr. c'est notre personnalité, c'est nous deux, mon frère et moi. C'est toujours difficile de déléguer une histoire ». 0fr. édite des catalogues d'expositions, des magazines, organise des signatures d'ouvrages et une exposition par mois. « C'est le talent qui fait la sélection ». Après Rosemarie Auberson ou Iris de Moüy, c'est au tour de Blaise Hanquet d'exposer ses œuvres. « Chez nous, rien n'est figé ». Une cantine Ofr. vient même d'ouvrir, à la Chambre Noire, 82 rue de la Folie Méricourt.

      Le livre de l'artiste Blaise Hanquet

      « Blaise Hanquet est quelqu'un qu'on aime énormément. Mais ce n'est pas parce que c'est notre ami qu'on l'expose ». Blaise Hanquet est actuellement exposé dans la galerie 0fr. (jusqu'au 28 avril). « C'est toujours difficile de savoir pourquoi on aime une œuvre ». Sculptures, installations, dessins aux traits ultrafins, l'art de Blaise Hanquet est protéiforme.

      La revue Mon Amour.

      « Le Premier numéro de Mon Amour, c'était il y a plus de 15 ans. On s'était arrêté et puis on a repris assez récemment. C'est un manifeste d'amour. Aimer la vie, aimer Paris. Et voir peut-être notre ville autrement. Le numéro 3 est sorti juste après les attentats et on a publié des photos de fêtes, de belles choses pour se faire plaisir ». On y trouve des photos en noir et blanc, des interviews sur la création, sur la politique, sur Paris, des discussions croisées entre des réalisateurs, des artistes, des poètes etc. « Parfois, je me dis quelle chance d'être née dans les années 70 en France et de vivre à Paris ».

      Jours en tresse de Rosita Crone, illustrations et graphisme signés Molly Kyhl


      C'est un recueil de poèmes écrits en français par la danoise Rosita Crone. « Je rêve de me réveiller / dans ta grotte de réconfort ». 0fr. distribue des micro-publications, des titres indépendants éphémères. Pour Marie, « Contrairement à ce qu'on peut entendre parfois, ce n'est pas la fin du papier. La curiosité persiste. Et beaucoup de jeunes viennent chez nous ».

      Comme des garçons, livre édité en 1982 par la marque


      Une couverture écrue et le titre « Comme des garçons » discrètement mentionné sur la droite. « Cet ouvrage est une merveille ». Il a été publié par Comme des garçons en 1982 et il retrace l'évolution des collections de la marque entre 1975 et 1982. C'est une publication très rare qui rassemble un ensemble d'images issues des premières campagnes de la marque avec des œuvres de Peter Lindbergh, Deborah Turbeville ou encore Bruce Weber. L'ouvrage vintage pièce unique est vendu 2000 euros chez 0fr.

      Numéro 6 d'Audimat


      Audimat est une revue de critique musicale éditée par le festivalLes Siestes Électroniques qui se décrit comme « une écriture sur la musique libérée des contraintes d'actualité et des formats de la presse périodique ». Barrage à l'ennui, stimulant intellectuel, la revue parle pop music en croisant les approches et les réflexions. Pour son directeur de la publication, Samuel Aubert, il s'agit « de se plonger méthodiquement dans l'expérience musicale, et dans ce qu'elle implique sur le plan des médiations, de l'imaginaire, de la société, de la pensée, de l'affectivité ». Pour Marie, cette revue c'est un peu « le Vestoj de la musique ».

      Numéro sur Le Lot et Paris de Bon Voyage

      « C'est une revue éditée par 0fr. qui rend compte de nos voyages : on prend des photos et on fait le récit de nos rencontres. Ce numéro a été écrit entre Paris et le Lot ». En voyage, la perception du temps est différente, « on prend le temps de penser ». Les illustrations sont signées Cassandre Montoriol. « Depuis 1996, nous avons rencontré énormément de personnes talentueuses. Continuer d'éditer des revues, c'est l'occasion de collaborer avec des gens dont le travail nous plaît, qui partagent aussi notre vision de la vie. Il y a la vie et ce que tu décides d'en faire ». 

      Crédits

      Texte : Sophie Abriat

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      Tags:culture, art, 0fr., marie thumerelle, bon voyage, audimat, jours en tresses, mon amour, blaise hanquet

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