The VICEChannels

      culture Ingrid Luquet-Gad 12 janvier 2017

      les ​7 expos qui donneront le ton de 2017

      Que nous réserve l'art en 2017 ? Du minimalisme fantastique de Mulholland Drive à l'art africain contemporain en passant par les contre-cultures à la française (et outre-Rhin), voici 7 expositions qui donneront le ton cette année.

      Gregor Hildebrandt, Dora Diamant (detail), 2016 © Gregor Hildebrandt, courtesy de l'artiste et Galerie Almine Rech. Photo: Roman März

      Gregor Hildebrandt, galerie Almine Rech à Paris
      Et si l'on osait la nostalgie ? Juste un soupçon, juste un regard en arrière furtif parmi la marée de bonnes résolutions. Se laisser porter par le grésillement d'un disque de vinyle que l'on a trop laissé tourner, s'abandonner dans la reproduction élimée du visage d'une icône d'antan. Telle est la tonalité des œuvres de l'allemand Gregor Hildebrandt, qui prend pour matière les supports d'enregistrements de l'image et du son. Bandes magnétiques de cassettes audio chinées aux puces, surfaces outre-noir de vinyles et reproductions de portraits en noir et blanc réactivent chez lui le vocabulaire du modernisme. Enfant des utopies des années 1970, fan sous l'éternel de new-wave et de post-punk, ses installations monumentales et immersives décuplent l'attachement émotionnel des totems de l'adolescence - walk-man élimé, ticket de concert, VHS rendue inutilisable par l'obsolescence technologique. On se promène alors dans la galerie Almine Rech à Paris comme dans un labyrinthe orphique, dont le sol a été recouvert d'un étrange parquet, composé en réalité de tranches de bandes de cassettes audio, découpées puis organisées à la manière d'un dallage de jardin zen.

      Gregor Hildebrandt, « Alle Schläge sind erlaubt », du 12 janvier au 25 février à la galerie Almine Rech à Paris

      Pierre & Gilles, Marie-France, 1980

      « L'esprit français - Contre-cultures en France, 1969-89 », à la Maison Rouge à Paris
      L'un des principaux enjeux de l'année qui s'ouvre sera défendre l'idée d'une communauté ouverte et accueillante - de réapprendre à dire « nous », comme le philosophe Tristan Garcia nous en faisait l'injonction dans son dernier essai du même nom. Pour ne pas que l' « esprit français » devienne un principe excluant, on file voir une expo qui remet à l'ordre du jour une identité basée sur « les figures déviantes, les anti-héros, les dissidents, les créateurs à côté de l'histoire de l'art admise, soit parce qu'ils furent trop marginaux, soit parce qu'ils furent trop mainstream ». Cette expo, c'est « L'esprit français - Contre-cultures en France, 1969-89 » organisée par les deux commissaires Guillaume Désanges et François Piron à la Maison Rouge à Paris - lieu consacré à l'art brut, et donc lui aussi quelque peu en marge du circuit artistique institutionnel. En suivant les fils rouges de la sexualité, du militantisme, du dandysme et du multiculturalisme, le parcours déploie une cartographie subjective et critique des dissidences, tout en n'occultant pas les répressions dont on fait l'objet leurs auteurs. Convoquant aussi bien les arts plastiques, la BD, la musique, la littérature, le cinéma et les médias, de Figuration Narrative aux radios libres en passant par la revue Hara Kiri ou les écrits de Félix Guattari, il faut avant tout y voir un formidable message d'espoir - et un appel à reinjecter de l'incorrect dans la politique.
      « L'esprit français - Contre-cultures en France, 1969-89 » du 24 février au 21 mai à la Maison Rouge à Paris 

      Still du film Mulholland Drive de David Lynch

      « Retour sur Mulholland Drive. Le minimalisme fantastique », à La Panacée à Montpellier
      Une expo, mais surtout un lieu : lorsqu'ouvrira « Retour sur Mulholland Drive » à la Panacée, la ville de Montpellier aura fait un premier pas pour se tailler une place sur la cartographie artistique hexagonale. Première exposition de son nouveau directeur Nicolas Bourriaud, co-fondateur du Palais de Tokyo et ancien directeur des Beaux-Arts de Paris, celui-ci bien positionner la ville et la région alentour comme une alternative à la capitale, afin de contrer l'hypercentralisation française - et lui faire jouer un rôle similaire à Los Angeles vis-à-vis de New York. Dès janvier, on y découvrira trois expositions, dont « Mulholland Drive », la plus ambitieuse. Une « exposition-essai » cinématographique organisée en séquences et regroupant une vingtaine de jeunes artistes qui ont commencé à produire dans les années 2000 ; une génération, explique le commissaire, engagée dans la recherche lynchéenne d'un « surréalisme 2.0, voire d'un ésotérisme sans dieu, dont la caractéristique principale serait une attention extrême portée à ce qui existe derrière la réalité visible ».
      « Retour sur Mulholland Drive. Le minimalisme fantastique » (cur. Nicolas Bourriaud) du 28 janvier au 23 mars à La Panacée à Montpellier 


      Lola Gonzàlez, Veridis Quo, 2016 © Galerie Marcelle Alix, Paris

      Lola Gonzàlez, au Crédac à Ivry
      Pour beaucoup, on nouait pour la première fois connaissance avec le travail de Lola Gonzàlez l'an passé. La rencontre s'était alors produite sur le mode du choc : choc de la justesse du ton de cette toute jeune vidéaste, née en 1988, qui avait anticipé et mis en images une génération qui ne se savait pas encore visée. Au lendemain des attentats du 13 novembre donc, on se rendait au Plateau à Belleville où Lola Gonzàlez, diplômée des Beaux-Arts de Lyon, montrait « Octobre bleu », performance musicale et rassemblement public, mettant en scène sa bande de potes, âgés de 25 à 30 ans, en train de vivre, respirer, s'ébrouer dans une innocence suspendue. Dans ses œuvres, Lola Gonzàlez filme le réel, le sien : sa communauté, authentique et spontanée. Lauréate entre-temps du prestigieux Prix Meurice, elle présentera entre les murs du Crédac à Ivry une exposition construite autour de sa nouvelle vidéo (projetée dans le cinéma du Crédac), Veridis Quo, où le groupe est cette fois réuni dans une maison au bord de la mer. Les yeux bandés, les protagonistes s'entraînent à tirer à l'arme à feu et partagent un dernier dîner, la veille d'un événement dont le spectateur ignore la nature.
      Lola Gonzàlez, Rappelle-toi de la couleur des fraises" du 20 janvier au 2 avril 2017 au Crédac à Ivry


      Chéri Samba, J'aime la couleur, 2003 © Chéri Samba. Photo : Claude Germain, Primae

      « Art/Afrique, le nouvel atelier », à la Fondation Louis Vuitton à Paris
      Cet automne, New York (et le reste du monde) était pris d'un coup de foudre violent pour le peintre Kerry James Marshall, dont la rétrospective ouvrait en octobre au MET. Représentant dans ses toiles exclusivement des personnages noirs, mêlant histoire de l'art classique, pop-culture et vie de quartier de Chicago, sa ville natale, le peintre était pourtant loin d'être un inconnu. Qu'un peintre américain, certes afro-américain, déjà en milieu de carrière et consacré par l'histoire, puisse à ce point créer la surprise révèle combien il peut être fructueux de se pencher sur une scène vibrante, novatrice et sans concession. En France, la Fondation Vuitton dédiera son exposition de printemps à cette tâche exploratoire, déjà menée avec succès lors de l'exposition « Bentu » consacrée aux artistes Chinois. « Art/Afrique, le nouvel atelier » prend cette fois le parti-pris d'aller à la rencontre de la scène qui s'épanouit de l'Afrique Subsaharienne à l'Afrique du Sud, mêlant exposition temporaire et présentation des œuvres de la collection. Parmi les artistes exposés, des noms familiers, dont Frédéric Bruly Bouabré, Seydou Keita, Chéri Samba, Malick Sidibé, Pascale Martine Thayou, Barthélémy Toguo ou encore William Kentridge, mais aussi et surtout des découvertes toutes neuves.
      « Art/Afrique, le nouvel atelier » du 26 avril au 28 août à la Fondation Vuitton à Paris

      Affiche © Bruno Botella

      « Videofreex. Date-report : Processing Activist Images », à Treize à Paris
      Treize, l'un des plus anciens artist-run space de Paris, accueille cet hiver le collectif historique américain « Videofreex ». Fondé en 1969 à New York par des artistes, vidéastes et activistes, celui-ci poursuit depuis ses débuts une activité de guérilla médiatique. En pleine guerre du Vietnam, ils s'emparent des premières caméras légères pour enregistrer les images d'une contre-culture en pleine effervescence. D'abord aux côtés du mouvement Guerilla Television, ils se font le relais des mouvements d'émancipation des minorités dont ils retransmettent les images, dont les Black Panthers ou le Women's Liberation Mouvement. Puis, ils se doteront d'un canal de diffusion autonome dès 1972, Lanesville TV, dont les programmes sont diffusés en douce sur un réseau hertzien local. À Treize, on trouvera une sélection de vidéos entre reportage documentaire et film expérimental, ainsi qu'une série de documents administratifs illustrant les stratégies de contournement des structures officielles du collectif. A suivre également, une série d'interventions et de projections en présence des membres de Videofreex. Une exposition éclairante à l'heure du journalisme post-vérité et de la propagande d'Etat (plus ou moins bien) déguisée.
      « Videofreex. Date-report : Processing Activist Images » du 11 janvier au 24 février à Treize à Paris

      Visuel de la Documenta 14

      Documenta 14, à Kassel en Allemagne
      Une fois tous les cinq ans, tout ce que le monde de l'art contemporain compte de paires d'yeux se tourne vers une bourgade de province allemande : Kassel. C'est là que se tient depuis 1955 l'un des événements permettant de prendre la température du monde et de ses images : la Documenta. Les rennes de l'événement ont cette année été confiées à l'artiste allemand d'origine polonaise Adam Szymczyk. Dès sa nomination, surprise : celui-ci annonce vouloir pour la première fois de son histoire doter la Documenta d'un autre site, Athènes. « La Documenta va ainsi faire passer au second plan sa position incontestée d'hôtesse pour jouer un autre rôle : celui de l'hôte reçu », détaille-t-il. Commentaire direct à la crise des migrants et aux reconfigurations socio-politiques de l'Europe, on ne peut que saluer le geste d'adopter la vulnérabilité du demandeur d'asile - ne serait-ce qu'artistique. Quant à la proposition en elle-même, où l'on compte notamment le philosophe Paul Preciado parmi les commissaires associés, rendez-vous en avril 2017 à Athènes et deux mois plus tard à Kassel pour en juger.
      Documenta 14, du 8 avril au 16 juillet à Athènes en Grèce et du 10 juin au 17 septembre à Kassel en Allemagne 

      Crédits

      Texte : Ingrid Luquet-Gad

      Rejoignez i-D ! Suivez-nous sur Facebook, sur Twitter et sur Instagram.

      Tags:culture, art, expositions, 7 expos, paris, montpellier, maison rouge, fondation louis vuitton, la panacée, treize

      comments powered by Disqus

      Aujourd'hui sur i-D

      Plus d'i-D

      featured on i-D

      encore